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L’immersion en français : C’est what?

Les avantages du bilinguisme ont été démontrés dans d’innombrables études, dont plusieurs indiquent que l’exposition à différentes langues peut avoir des effets positifs sur les enfants aux plans social et cognitif. En Ontario et à l’échelle du Canada, de plus en plus d’élèves sont inscrits dans des classes d’immersion en français. En 2016, le programme d’immersion en français (« French Immersion ») célèbre son 50e anniversaire. Pour marquer l’occasion, j’ai « emprunté » un éditorial rédigé par Mary Cruden, présidente de l’organisme Canadian Parents for French (Ontario), qui à mes yeux démystifie la définition exacte de l’immersion en français et les avantages qu’elle procure. Mme Cruden a bien voulu accepter d’être notre blogueuse invitée et de nous laisser reproduire son texte. Je tiens sincèrement à l’en remercier.

 

Imaginez un programme scolaire si populaire que les parents sont prêts à veiller toute une nuit dans le seul but d’obtenir une place pour leur enfant. Un programme dont l’attrait se fait sentir dans toutes les catégories de revenu, quelles que soient la langue maternelle et la quasi-totalité des autres mesures démographiques. Un programme aussi emblématique de notre pays que l’est notre drapeau ou notre système de soins de santé universel tant vanté.

Imaginez maintenant que la réponse à cette demande croissante soit de dire : « Holà! Ce programme est trop populaire – il vaut mieux le restreindre! »

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est exactement la menace qui pèse sur les programmes d’immersion en français dans un certain nombre de collectivités de l’Ontario. Pire encore, les partisans de ces restrictions ont recours à des arguments fallacieux ou omettent de donner des renseignements cruciaux – comme nous avons pu le voir dans le Globe and Mail (en anglais) il y a quelques jours – pour tenter de refroidir l’enthousiasme des parents vis-à-vis de l’immersion.

« L’immersion en français est un “programme d’élite” qui intéresse uniquement les familles les plus aisées »? En réalité, les données du Toronto District School Board – le plus grand conseil scolaire du pays – montrent que la participation dans les quartiers les plus défavorisés de Toronto augmente au même rythme que dans le reste de la ville.

« L’immersion en français est trop difficile et les enfants doivent se concentrer sur les matières “vraiment importantes” »? Eh bien, les tests normalisés de la province montrent qu’en plus d’acquérir des compétences solides en français, les élèves des classes d’immersion en français obtiennent en fait dès la 6e année des résultats équivalents ou supérieurs à ceux de leurs pairs en mathématiques et – tenez-vous bien – en lecture et en écriture en anglais!

« Les enfants immigrants scolarisés dans nos écoles devraient se concentrer sur l’apprentissage de l’anglais – leur demander en plus d’apprendre le français pose trop de difficultés »? En réalité, les compétences linguistiques dont disposent déjà ces enfants leur donnent un avantage pour l’apprentissage du français. Qui plus est, il y a quelque chose d’extrêmement paternaliste à considérer que ces enfants devraient être relégués dans une catégorie inférieure où ils n’auraient pas les mêmes possibilités que les Canadiennes et Canadiens de naissance. Les personnes qui sont de cet avis devraient rencontrer ce père né au Sri Lanka qui m’a raconté avec enthousiasme, dans un anglais hésitant, qu’il souhaitait que son enfant apprenne le français afin de pouvoir devenir un jour premier ministre du Canada.

Enfin, il y a le sempiternel : « Pourquoi donc se donner du mal pour apprendre le français? Les enfants devraient apprendre le mandarin ou l’espagnol, ou bien une autre langue présentant un intérêt commercial. » Oublions un instant ce que cela révèle sur ce que la personne qui se pose cette question pense de son propre pays. Passons aussi sur le fait que les écoles de l’Ontario ne proposent pas de programmes d’immersion en mandarin et en espagnol, ou bien qu’il n’y a pas de concurrence ou d’interférence entre l’immersion en français et les cours de langue après l’école. Tout ce qu’il faut savoir est que l’immersion en français constitue une passerelle idéale pour permettre aux jeunes d’apprendre d’autres langues.

Nous aimons penser que notre pays et notre province ont fait un long chemin. Sous de nombreux aspects, c’est bien le cas. Mais, pour paraphraser notre premier ministre, parfaitement bilingue et lui-même ancien enseignant d’immersion en français, « nous sommes en 2016 ». L’année même où la première ministre de l’Ontario s’est excusée auprès des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens pour l’adoption du fameux Règlement 17 qui a fortement restreint l’enseignement en français il y a de cela un siècle, nous devrions véritablement nous demander pourquoi l’accès des enfants anglophones à un enseignement du français langue seconde de qualité constitue toujours un défi alors qu’il devrait s’agir d’un droit. Les parents sont souvent choqués d’apprendre que le programme d’immersion en français est plafonné, qu’aucun moyen de transport n’est fourni ou que l’attribution des places, qui constitue une décision de première importance, se fera par tirage au sort. Leur réaction immédiate est de dire : « Mais, le Canada est un pays bilingue. Mes enfants n’ont-ils pas le droit d’y participer pleinement en apprenant à maîtriser le français? »

Eh bien, cela dépend en grande partie de votre lieu de résidence. Selon la Loi sur l’éducation de l’Ontario, les conseils scolaires de langue anglaise ont le pouvoir discrétionnaire de créer des programmes en français pour leurs élèves. Ce pouvoir est exercé à des degrés variables à l’échelle de la province : c’est avant tout une question de volonté politique, et non d’équité et de bonne pédagogie fondée sur la recherche. Si vous vivez à Ottawa et qu’elle ou il entre en maternelle cet automne, votre enfant et tous ses camarades du même groupe d’âge intégreront des classes d’immersion en français. Si vous habitez à Peel et que votre enfant entre en 1re année, un tirage au sort sera effectué et vous risquez de ne pas obtenir de place, comme 400 autres personnes au cours des deux dernières années. À Halton, il règne une grande incertitude car le conseil scolaire envisage soit de supprimer complètement le programme d’immersion en français des jeunes enfants, soit de fixer un plafond, comme à Peel. L’Upper Grand District School Board envisage quant à lui de restreindre le programme d’immersion et de fixer un plafond, là aussi comme c’est le cas à Peel. Mais si vous résidez à Sudbury ou à Toronto, vous bénéficiez d’un formidable programme d’immersion en français – immersion complète pour les jeunes enfants, nombre de places illimité et engagement fort à soutenir tous les participants au programme.

Imaginez que la capacité de votre enfant de suivre des cours de sciences dépende du conseil scolaire où se trouve votre résidence. Imaginez que les responsables du conseil scolaire vous disent : « Nous allons limiter l’accès aux cours de mathématiques parce que les parents ne les choisissent pas pour les bonnes raisons. » Imaginez qu’ils vous disent : « Nous n’avons pas besoin d’offrir des cours dans les matières qui permettent aux enfants de découvrir leur pays, comme l’histoire ou la géographie du Canada. »

Chaque enfant doit recevoir un enseignement d’excellence. Si les parents souhaitent que cet enseignement comporte un programme d’immersion en français complet et de premier plan, celui-ci doit leur être proposé. S’ils souhaitent que leur enfant suive un programme en français de base, celui-ci doit également viser l’excellence. L’enseignement ne devrait jamais être réduit à un jeu à somme nulle dans le cadre duquel les parents se font concurrence pour obtenir des ressources ou des places dans un programme scolaire. La demande croissante pour un programme permettant de former des diplômés qui maîtrisent avec assurance les deux langues officielles du Canada constitue une avancée formidable et positive qu’il ne faut pas chercher à freiner.

Nos écoles forment les citoyens – et bâtissent le Canada – du futur. Les parents en sont conscients – c’est pour cela qu’ils sont de plus en plus nombreux à choisir l’immersion en français. Au lieu des possibilités disparates qui sont actuellement offertes aux enfants pour devenir bilingues en Ontario, faisons en sorte que nos conseils scolaires, la province et les responsables fédéraux travaillent de concert pour relever ce défi, afin de rendre l’immersion en français accessible à tout le monde et de permettre à tous nos enfants d’obtenir les meilleurs résultats possibles en français.

 

Mary Cruden
Présidente, Canadian Parents for French (Ontario)
Lauréate de l’édition 2015 des Prix de la francophonie de l’Ontario

Une matinée franco-ontarienne à l’Université Trent

Ce billet vous est présenté par notre blogueuse invitée, Alison Stewart, l’une des trois chefs de projets et chargée des liaisons communautaires. Voici le résumé de sa participation à la Matinée franco-ontarienne, tenue le 11 février dernier à l’Université Trent.

 

En tant que diplômée du programme d’études françaises de l’Université Trent, j’ai été ravie de visiter mon alma mater et d’aborder, bien sûr, le sujet du parler français en Ontario. Dans le cadre de mes fonctions de responsable des liaisons communautaires, je parle surtout aux Francophones de leurs droits linguistiques et de l’importance de la demande active de services en français auprès du gouvernement de l’Ontario, même lorsque rien n’indique que ces services sont offerts. En tant que fière francophile, issue du programme d’immersion française à Guelph, en Ontario, je suis agréablement surprise de la portée de la langue française dans notre province (à juste titre). Ni Guelph ni Peterborough ne se trouve dans une région désignée, et l’Université Trent est un établissement d’enseignement anglophone. C’est tout de même en grande partie dans ce cadre que j’ai appris le français.

Quand j’étais étudiante à Trent, les études littéraires étaient centrées sur la France ou le Québec. Il n’était nullement fait mention des écrivains franco-ontariens ni du fait que l’Ontario possède la plus grande communauté francophone au Canada à l’extérieur du Québec. C’est dans ce contexte que j’ai eu le grand plaisir de participer à la deuxième Matinée franco-ontarienne de Trent. La journée s’est amorcée avec Johanne Melançon, professeure agrégée à l’Université Laurentienne et attachée de recherche auprès de la Chaire de recherche sur les cultures et les littératures francophones du Canada. Johanne s’est vue décerner plusieurs prix pour ses recherches et publications. À l’occasion de la Matinée, elle a présenté une conférence intéressante au sujet de la littérature franco-ontarienne des 35 dernières années. Je suis repartie avec une liste de titres à lire, à commencer par La distance habitée de François Paré.

Après la présentation de Johanne, le romancier primé Didier Leclair a parlé de son nouveau roman Pour l’amour de Dimitri, puis il a fait la lecture d’un passage de son populaire roman intitulé Toronto, je t’aime. Lorsqu’il a décrit la colorée rue Queen Ouest, j’ai été frappée par le fait que la population francophone de Toronto a explosé depuis la publication de son roman en 2001.

Alors, qu’en est-il de la langue française en Ontario? Pour quiconque peut jongler avec plus d’une langue, il existe une compréhension des frustrations (et des joies) qui accompagnent souvent le fait d’être multilingue. Tandis que les Francophones sont confrontés à des difficultés liées à la vie au sein d’une minorité linguistique, les francophiles doivent relever des défis similaires, bien que de manière différente. Le maintien de ses propres capacités linguistiques est pratiquement impossible si celles-ci ne sont pas exploitées. L’un des principaux objectifs de ma présentation était de faire exactement cela : encourager les étudiants principalement francophiles du programme d’études françaises de Trent à continuer de pratiquer leur français, alors qu’ils sont en voie d’obtenir leur diplôme et de commencer leur carrière. En plus de fournir un bref contexte historique de la francophonie ontarienne, j’ai effectué un survol des lois linguistiques actuelles au Canada (avec un point de mire sur l’Ontario) et de l’offre active, et présenté quelques astuces et conseils amusants pour maintenir à jour notre français au cœur d’une province anglophone.

Toutes mes félicitations à Sylvie Bérard, directrice du département de langues et littératures modernes à l’Université Trent, et à mon professeur d’université Yves Thomas, pour l’organisation d’une journée franco-ontarienne engageante et stimulante!

Protocole de traitement des plaintes avec l’Université Laurentienne

Je suis heureux de vous annoncer la signature d’un protocole d’entente pour le traitement de plaintes en vertu de la Loi sur les services en français (LSF) entre mon bureau et l’Université Laurentienne. Comme vous le savez, depuis le 1er juillet 2014, l’Université Laurentienne est désignée en vertu de la LSF. Ainsi, cet établissement a l’obligation de garantir l’accessibilité et d’offrir de manière permanente certains programmes et services désignés en français qui répondent aux normes de la fonction publique de l’Ontario. La désignation partielle de l’Université Laurentienne porte sur les services en français au campus de Sudbury et sur la prestation de programmes offerts en français menant à 13 grades au niveau du baccalauréat, de la maîtrise et du doctorat.

Par l’entremise de ce protocole, l’Université s’engage, notamment, à faire connaître sa désignation auprès du public ainsi que les services auxquels il a droit et aussi à faire connaître au public ses obligations liées à la désignation ainsi que le processus de traitement des plaintes.

Bien que le Commissariat puisse recevoir les plaintes, il est important de souligner que le protocole prévoit que toute plainte doit d’abord être adressée directement au vice-rectorat associé aux études et affaires francophones de l’Université pour signaler un manquement de services en français. Toutefois, les plaignants peuvent nous signaler un manquement en tout temps ou en cas d’insatisfaction de la réponse reçue de la part de l’Université. Vous pouvez consulter le protocole sous l’onglet « Désignation partielle » ici.

Ce protocole est en place depuis l’entrée en vigueur de la désignation de l’Université Laurentienne. Les grandes lignes avaient déjà été convenues entre l’Université et mon bureau en 2012. Il s’agit là d’une approche proactive de collaboration qui à mon avis est un modèle à suivre en province.

20e anniversaire du Collège Boréal

Je tiens à féliciter le Collège Boréal qui célèbre ses 20 ans cette année. Le Collège est un acteur privilégié de la communauté franco-ontarienne et fut la toute première institution postsecondaire à obtenir une désignation complète en vertu de la Loi sur les services en français. Le Collège a fait preuve de beaucoup d’initiative et de dynamisme en demandant cette protection juridique et politique de la part du gouvernement qui assure que tous les programmes et services de l’établissement soient disponibles en français.

En tant que joueur de premier plan dans le secteur de l’éducation, le Collège a fait de nombreux efforts afin de desservir adéquatement la communauté francophone. En effet, depuis sa création en 1995, le Collège Boréal a étendu ses activités de formation à différentes régions de l’Ontario. Ainsi, le Collège, dirigé par des francophones pour des francophones, joue un rôle plus important relativement au développement de la conscience communautaire et comme lieu de rassemblement pour les membres de la communauté francophone dans l’ensemble de la province.

La réussite de cet important acteur de la communauté ne s’attribue donc pas seulement aux étudiantes et étudiants qui y ont poursuivi des études, mais également aux membres du personnel et partenaires partout en province. Je souhaite bon anniversaire et longue vie à cette importante institution francophone qui garantit la vitalité du fait français en Ontario.

Mention honorable: Engagement envers les élèves des programmes de français de base, de français intensif et d’immersion française en Ontario

Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) est un outil utilisé à l’échelle mondiale pour décrire les compétences des élèves d’une seconde langue, incluant le français. Son objectif est d’offrir une base exhaustive, transparente et cohérente pour l’élaboration de programmes de langues vivantes et de référentiels, la conception de matériel d’enseignement et d’apprentissage, et l’évaluation des compétences en langue étrangère.

Au cours des quatre dernières années, le CECRL a été mis en œuvre dans 60 conseils scolaires de langue anglaise en Ontario comme outil pour orienter les pratiques de planification, d’enseignement et d’évaluation du français langue seconde. Cette initiative démontre un engagement envers les élèves des programmes de français de base, de français intensif et d’immersion française pour les aider à améliorer leurs compétences fonctionnelles en français. En mettant en application ces lignes directrices internationales, le gouvernement de l’Ontario entend :

  • améliorer l’assurance, la maîtrise de la langue et le rendement des élèves;
  • augmenter le pourcentage d’élèves qui étudient le français comme langue seconde jusqu’à l’obtention du diplôme;
  • accroître l’engagement des élèves, des éducatrices et éducateurs, des parents et de la communauté à l’égard du français langue seconde.

Ce cadre commun de référence pourrait aussi, éventuellement, être une belle base de discussion entre les divers gouvernements ainsi que l’entreprise privée afin de se doter de base commune d’évaluation des compétences linguistiques, au lieu que tous aient des normes différentes. À suivre.

La série des mentions honorables est une série de 11 billets que le commissaire publie pour souligner individuellement le leadership exercé par des ministères et des organismes gouvernementaux pour favoriser une plus grande offre de services de qualité en français énumérée dans son Rapport annuel 2013-2014. La liste complète des mentions honorables est disponible ici.