Actualités : Démographie et immigration

Nouveau volet du Programme de mobilité internationale : une initiative prometteuse

Hier, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada annonçait le lancement prochain d’un nouveau volet du Programme de mobilité internationale. Je me réjouis grandement de cette initiative qui vise à attirer des travailleurs qualifiés francophones au Canada et de les encourager à s’établir à l’extérieur du Québec. J’en profite pour féliciter la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) pour ses multiples démarches afin d’obtenir ce qui peut être considéré comme le retour de l’Avantage significatif francophone, aboli par le gouvernement en 2014.

En vigueur à partir du 1er juin, le nouveau volet constitue une excellente nouvelle pour toutes les collectivités francophones du pays et notamment pour l’Ontario, qui compte déjà la population francophone hors-Québec la plus nombreuse. En résumé, les employeurs n’auront pas à effectuer d’étude d’impact sur le marché du travail pour certains types d’emplois, ce qui accélérera le processus d’embauche. Je crois bien que cela contribuera non seulement à la venue d’une main-d’œuvre francophone et bilingue hautement qualifiée, mais aidera le gouvernement provincial à atteindre la cible de 5 % d’immigration francophone qu’il s’est fixé en 2012.

Dans le rapport conjoint intitulé Agir maintenant pour l’avenir des communautés francophones : pallier le déséquilibre en immigration que mon collègue au fédéral Graham Fraser et moi avons publié en novembre 2014, nous faisions la recommandation suivante au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration : « Élaborer des outils et des incitatifs durables à l’intention des employeurs canadiens pour favoriser le recrutement et la sélection de travailleurs d’expression française et bilingues à l’extérieur du Québec et ainsi pallier les retards qu’ont connus les communautés francophones en termes d’immigration. » J’estime que le nouveau volet du Programme de mobilité internationale est un moyen prometteur à la réalisation de cet objectif.

Un accueil inclusif pour les réfugiés syriens francophones

Le Canada s’apprête à accueillir 25 000 réfugiés syriens. De ce nombre, 10 000 devraient être dirigés vers l’Ontario, dont 4000 d’ici la fin de l’année. J’aimerais féliciter nos gouvernements qui font preuve d’un leadership indéniable dans cette crise qui s’éternise en plus de faire chaque jour davantage de victimes. Tant sur le plan national que provincial et municipal, les efforts se multiplient pour que tout soit prêt pour l’arrivée de ces femmes, hommes et enfants démunis. Hier, une coalition regroupant près de 30 organismes francophones a publié un appel à la concertation dans le but de faciliter l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants qui auraient besoin de services et de soutien en français. La coalition réclame que soit mis en place un continuum d’identification et de prise en charge des réfugiés syriens francophones. Elle demande que ceux-ci soient identifiés dans les camps de réfugiés au Liban, en Jordanie ou en Turquie et continuent de faire l’objet d’un encadrement francophone efficace et compétent dès leur entrée en Ontario. Le Commissariat aux services en français appuie cette approche collective initiée par la Passerelle-I.D.É, un organisme communautaire qui aide les immigrants à s’intégrer à leur nouvel environnement. J’ajouterais qu’il est crucial que les réfugiés syriens parlant français soient informés, avant leur départ mais aussi à leur arrivée au Canada, non seulement de la présence de communautés francophones d’accueil, mais aussi de la disponibilité de programmes et de services en français dont ils peuvent se prévaloir. Mon homologue fédéral, Graham Fraser, et moi-même avions fait des recommandations en ce sens dans le rapport conjoint sur l’immigration que nous avons publié en novembre 2014. Les gens qui fuient leur pays, qui traversent mers et océans pour commencer une nouvelle vie, ont passé par des épreuves souvent innommables. Une des façons d’adoucir la transition dans leur société d’accueil est de faire preuve d’ouverture et d’inclusion. Pour les francophones parmi eux, cela peut vouloir dire d’être reçus dans la langue qui est la leur. En Ontario, où vivent déjà plus de 600 000 francophones, nous avons les ressources et la capacité de le faire. L’initiative de la coalition démontre éloquemment que la communauté francophone ontarienne fait aussi preuve d’une solidarité et d’une volonté inébranlables.

S’activer pour l’élimination de la violence faite aux femmes

6 décembre 1989. Une date qui malheureusement a passé à l’histoire. Notre histoire. Y compris la mienne. Peine à croire qu’il y a maintenant 25 ans, j’étais alors étudiant en droit à l’Université d’Ottawa, la veille d’un examen de droit international public (évidemment, je ne me souviens pas de la date ni de la matière d’aucun autre de mes examens). Ce n’est qu’en écoutant les nouvelles à Radio-Canada le lendemain matin que je me suis aperçu de l’horreur. Je dois vous dire que les quatre années précédentes, j’étais étudiant à l’Université de Montréal et surtout, résident permanent aux Résidences de cette université. Ainsi, j’allais très régulièrement souper à la cafétéria de Polytechnique puisque la nourriture y était étonnamment bonne, diversifiée et surtout, pas cher. Aussi, au fil du temps, je m’y suis fait de belles connaissances auprès des étudiants réguliers de la Poly. De savoir qu’une tuerie de la sorte puisse se produire dépassait l’entendement. Mais de savoir que c’était à Montréal, dans un endroit si connu pour moi, j’étais absolument renversé. Mais ce n’est rien à côté du choc de savoir que, peu importe l’épellation donnée au meurtrier, il n’empêche qu’il a lâchement assassiné des femmes, des jeunes femmes étudiant une profession largement dominée par des hommes.

Inutile de vous dire que les pleurs et les colères s’entremêlaient dans les corridors jouxtant la salle d’examen. Nous nous demandions si nous ne devions pas demander un ajournement de cet examen auquel plus personne n’avait évidemment la tête. Tout ce qu’il semblait nous importer, était de consoler nos consœurs et de tenter de les rassurer du mieux possible.

Bien des choses ont changé suite à cet événement si bouleversant. D’abord, l’épisode démontrait cruellement que l’égalité des sexes si recherchée n’était évidemment pas atteinte. Car ce type a ciblé des femmes. Des femmes seulement. Il a fait de toute une société ses victimes. Mais le fait demeure qu’il a ciblé volontairement et sciemment des femmes. Pour un jeune homme qui a grandi dans un environnement où je croyais, à tort, que la recherche de l’égalité entre les hommes et les femmes était relativement en bonne voie, disons simplement que la douche froide était plutôt glacée. Je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai découvert que je me devais de non seulement être sympathique aux aspirations plus que légitimes de plus de la moitié de la population de la planète, mais que je me devais de faire en sorte que mes actions soient conséquentes avec le fait que j’étais devenu féministe. De fait, j’ai encore peine à croire que des gens refuseraient de se voir comme des féministes, surtout en 2014, ici, au Canada.

Il y a quelque temps, j’ai fait la rencontre d’une mère de famille d’une petite fille qui est maintenant la grande amie de notre fille à l’école. Cette femme est ingénieure civile de profession. Je ne peux m’empêcher, considérant son âge, vers la fin trentaine, qu’elle doit faire partie de ces cohortes de jeunes femmes qui se sont investies en génie dans les années suivant la tragédie. Et cela me fait du bien de penser cela.

Tout récemment, j’ai eu le privilège de prononcer le discours d’ouverture des États généraux 2014, organisés par Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) sous le thème de « État des lieux sur les agressions à caractère sexuel, la violence conjugale et le développement des services en français en Ontario ». Les objectifs de cette rencontre étaient de favoriser la concertation, préparer la relève, faire connaître aux ministères les besoins du secteur et les recommandations de la communauté franco-ontarienne  ainsi que de planifier le travail pour les années à venir. Reconnaissons que leur sens du « timing », même si cet événement requiert une préparation hors du commun, est assez extraordinaire, en marge de la conversation nationale qui a récemment redémarré à vitesse grande V.

On dit souvent que les meilleures plaidoiries sont celles que l’on fait après et il en va de même de certaines conférences où, une fois assis, en écoutant les autres, on se dit que l’on a raté une belle occasion. Je crois que mon allocution était trop centrée sur mon travail quotidien, oubliant de mettre l’emphase sur la chance inouïe des participantes (et quelques participants) de pouvoir émettre des suggestions concrètes et pratiques afin de guider les orientations des gouvernements et des organisations citoyennes pour les dix prochaines années afin de contraindre davantage ces fléaux que sont les agressions à caractère sexuel et la violence faite aux femmes.

Car ces maux existent encore et ils sont bel et bien présents. Les organisatrices ont mandaté les chercheuses Marie-Luce Garceau et Ghislaine Sirois de produire le document Éliminer la violence faite aux femmes en Ontario français : une tâche ardue. Cette superbe étude pour quiconque s’intéresse un tant soit peu à la question revient en première partie sur les États généraux de 2004. En deuxième partie, l’étude dresse un portrait exhaustif des domaines d’intervention, de l’amélioration des services en français et de leur évolution, et ce, dans toutes les régions ainsi que met la table sur les moyens mis en place pour améliorer la qualité de ces services. En troisième partie, on explique clairement, avec statistiques à l’appui les agressions à caractère sexuel et leurs barrières, toute la question de la violence conjugale et ses barrières ainsi qu’une panoplie d’enjeux communs. Enfin, on suggère un exercice de réflexion ainsi que des pistes de solutions.

Nous sommes en pleine période des 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes qui s’étend du 25 novembre, Journée internationale de la lutte contre la violence faite aux femmes au 16 décembre, Journée internationale des droits de la personne. Pour citer la présidente de AOcVF, Mme Julie Béchard : « Il faut réfléchir aux gestes que l’on peut poser individuellement et collectivement pour éliminer la violence faite aux femmes. »

Aujourd’hui, je suis père d’une petite fille. Naturellement, comme tous les parents du monde, je lui souhaite du bonheur, de la santé et surtout, de pouvoir être libre de ses choix. De tous ses choix. De pouvoir choisir comment elle fera à son tour une différence auprès des gens qu’elle aime, de sa communauté, de sa région et de son pays. Mais pour être libre de faire ses choix, en toute sécurité, encore faut-il qu’elle soit à pied d’égalité avec la gente masculine au sein de notre société.

Je comprends aujourd’hui que je dois en faire beaucoup plus que de simplement me dire féministe. Les actions doivent suivre, au quotidien et collectivement comme l’a indiqué la présidente Béchard. Je me dois d’être un féministe engagé, comme homme, comme père et comme individu vivant en société.

Je tiens à féliciter toutes ces femmes qui œuvrent quotidiennement, souvent avec très peu de ressources mais qui trouvent pourtant une façon de venir en aide à toutes ces femmes victimes de violence conjugale et d’agressions à caractère sexuel. Merci de faire une différence si capitale dans la vie de toutes ces femmes et de leurs enfants. Dans un autre ordre d’idée, je sais que tous les pères de petite fille pensent, du  moins je le souhaite, comme moi présentement. Voilà pourquoi j’invite aussi tous les pères de petits garçons à se demander comment ils peuvent s’assurer de sensibiliser assez leurs enfants à l’importance que l’on se doit d’apporter aux enjeux relatifs à l’égalité entre les femmes et les hommes. Peut-être qu’un jour, ensemble, on arrivera à endiguer toute cette violence conjugale et ces agressions à caractère sexuel.

Le défi d’immigrer en milieu minoritaire

Cette semaine j’ai beaucoup parlé d’immigration francophone. Tout d’abord avec le dépôt avec mon homologue fédéral d’un rapport conjoint qui souligne l’importance pour les gouvernements fédéral et provinciaux d’inclure une perspective francophone dans leurs politiques et programmes en immigration.  Ce dossier est de compétence partagée entre le fédéral et les provinces, ce qui veut dire que les différents paliers de gouvernement doivent collaborer ensemble pour faciliter les avancées.

Notre rapport conjoint, intitulé Agir maintenant pour l’avenir des communautés francophones : Pallier le déséquilibre en immigration, dresse un portrait de l’immigration dans les communautés francophones, fait l’état des lieux de la question et présente une analyse nationale ainsi qu’une série de recommandations à l’intention des deux paliers de gouvernement.

Vous savez, le chemin vers l’intégration de ces hommes et de ces femmes avec des parcours et des bagages différents qui choisissent de s’établir au Canada est bien souvent parsemé de défis. Avant même leur arrivée au Canada, plusieurs immigrants francophones sont mal informés de la réalité linguistique du pays, et croient, malheureusement à tort que le Canada est un pays entièrement bilingue.

À leur arrivée, les nouveaux arrivants sont parfois orientés vers des services d’établissements anglophones ou bilingues qui connaissent peu ou mal les communautés et les institutions francophones. On ne peut pas s’attendre à ce que ces gens soient au courant des services disponibles en français ou de la présence d’une communauté dans leur région d’accueil.

Il faut s’assurer qu’avant et dès leur arrivée, ces immigrants puissent savoir qu’ils peuvent non seulement obtenir des services en français auprès des gouvernements fédéral et provincial, mais aussi vivre en français, comme demander à ce que leurs enfants soient éduqués en français et obtenir de l’aide communautaire en français.

C’est pourquoi nous recommandons au gouvernement fédéral que les nouveaux arrivants d’expression française soient informés de la présence de communautés francophones d’accueil et de la disponibilité de programmes et de services en français auxquels ils ont droit avant leur départ et à leur arrivée au Canada.

Dans ce rapport nous avons élaboré 8 recommandations, principalement au gouvernement fédéral, mais aussi au gouvernement de l’Ontario. Ces recommandations traitent de l’accompagnement des immigrants d’expression française par les institutions et les organismes francophones, d’information et de ressources à l’intention des nouveaux arrivants d’expression française, de collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, de reddition de comptes, et d’incitatifs à l’intention des employeurs pour le recrutement et la sélection de travailleurs francophones et bilingues.

Puis, le lendemain,  j’ai participé à un panel avec mon confrère d’Ottawa et ma consoeur du Nouveau-Brunswick faisant un tour d’horizon des enjeux de l’immigration dans les communautés de langue officielle vivant en situation minoritaire organisé par le Programme d’appui aux droits linguistiques (PADL).  À cette conférence, j’ai exposé l’importance de l’immigration pour les communautés francophones. En effet, compte tenu de la baisse de la natalité et d’un taux accru du vieillissement de la population, le Canada se trouve depuis un certain temps en situation de baisse démographique.

Car, pour leur part, les communautés francophones sont non seulement affectées par la même situation, mais sont aussi touchées par des questions de transferts linguistiques et de transmission intergénérationnelle de la langue vers l’anglais.

J’ai expliqué qu’on a aussi besoin de l’immigration pour assurer la pérennité des services en français, par exemple :on aura besoin de plus d’infirmières et infirmiers pour s’occuper de notre population vieillissante, ou encore d’éducatrices et d’éducateurs pour la petite enfance, ou de professeurs de français et tant d’autres matières.

Voilà pourquoi la question de l’immigration dans les communautés francophones en situation minoritaire est si importante. Comme je l’ai mentionné dans mon dernier rapport annuel, le dossier de l’immigration est un enjeu prioritaire sur lequel mon bureau continue de s’impliquer et d’intervenir activement.

La langue française dans le monde 2014: étude de l’OIF

L’Observatoire de la langue française de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) vient de publier une nouvelle étude intitulée : La langue française dans le monde 2014. Cette nouvelle compilation a pour principal objectif de fournir aux chercheurs, spécialistes de la langue et grand public, des données fiables sur la situation de la langue française dans plusieurs domaines. On y dresse le portrait des francophones et francophiles dans le monde et du français comme langue de communication internationale et des affaires.

Selon cette étude, nous serons 767 millions de francophones en 2060. On y note également quelques autres faits intéressants, notamment :

• Le français est aujourd’hui la 5e langue la plus parlée au monde avec 274 millions de locuteurs
• Le français est la 2e langue apprise comme langue étrangère après l’anglais
• Le français est la 3e langue des affaires dans le monde
• Le français est la 4e langue d’internet
• Il y a 125 millions d’apprenants du/en français.

Je vous invite à consulter cet ouvrage de référence important ou son résumé qui trace le portrait global de notre langue en pleine croissance. Bonne lecture!

Les francophones en Ontario

Le visage de la société ontarienne ne cesse de changer au gré des vagues successives d’immigration. En 2006, l’Ontario compte plus de la moitié de l’ensemble de la population des minorités visibles au Canada. La communauté franco-ontarienne n’est pas en reste. Elle présente une proportion élevée d’immigrants récents. Selon les dernières données de recensement de Statistique Canada, en 2011, des 13,5 millions de personnes en Ontario, 611 500 s’identifient en tant que francophones. C’est-à-dire près de 5% de la population. Ces données indiquent aussi que 14% des francophones sont nées à l’extérieur du Canada, principalement en provenant de l’Europe et de l’Afrique.

Un autre facteur important dans l’augmentation du nombre de francophones est lié à l’adoption, en 2009, de la définition inclusive de francophone (DIF) plus large qui a permis de recenser 50 000 francophones de plus. Cette définition s’appuie sur trois variables : la ou les langues maternelles, la connaissance des langues officielles et la ou les langues parlées à la maison. Ainsi, la DIF intègre, outre les personnes qui ont le français comme langue maternelle, celles n’ayant ni le français ni l’anglais comme langue maternelle, donc les allophones, mais qui ont une connaissance particulière du français comme langue officielle et la parle à la maison. Par exemple, selon la DIF, une famille marocaine qui parle l’arabe et le français à la maison est maintenant considérée comme francophone. À cela s’ajoute la proportion de plus en plus importante qu’occupe les couples exogames, soit ceux composés d’un parent anglophone et d’un autre francophone, et des jeunes qui s’identifient et s’affichent de plus en plus, comme étant bilingue.

Je vous invite à prendre connaissance et à faire circuler dans votre réseau cette infographie qui illustre en chiffre la présence française en Ontario.

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