Blogue du commissaire

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Ce lieu se veut d’abord un espace d’échanges, d’interactions et de discussions. Nous encourageons donc le partage d’arguments et de points de vue divergents, sans toutefois qu’une forme d’échange privé s’installe entre deux participants. Veuillez prendre connaissance des conditions d’utilisation avant de participer au blogue.

François Boileau
Commissaire aux services en français

Gretta Chambers, une Canadienne incomparable

Le 9 septembre dernier Gretta Chambers, née Taylor, nous a quittés à l’âge respectable 90 ans. Je ne ferai pas ici l’éloge de son parcours et de sa vie, le Globe & Mail ayant publié un super article fascinant à cet égard. Plutôt, vous me permettrez de mentionner simplement l’anecdote de l’une de nos rencontres. C’était en 2005, je crois, alors que j’étais encore avocat pour le Commissariat fédéral aux langues officielles. J’étais responsable d’une vaste étude où nous abordions toute la question de la modernisation du Règlement sur les langues officielles – communications avec le public et prestation des services. Nous avions fait une tournée de consultation pancanadienne, mais nous avions aussi eu le privilège de rencontrer des personnes dont nous savions que leur opinion serait absolument critique pour notre projet.

Gretta Chambers était une personne absolument incontournable. Non seulement possédait-elle une finesse d’analyse dont peu en sont affublés, elle pouvait aisément comprendre les arguments de chaque côté d’une médaille, offrant une valeur sûre à son opinion éclairée. J’avais eu la chance de la rencontrer chez elle. Elle m’a reçue avec l’élégance digne de réputation extraordinaire. Avec sa sagesse et son expérience, elle aurait facilement pu me dire quoi faire tout simplement, quoi écrire et j’aurais accepté volontiers toutes ses notes. Par contre ce n’était pas son approche. Inquisitrice, curieuse, elle voulait d’abord savoir notre objectif, nos buts et les façons pour y arriver. Tacticienne, elle était en fait beaucoup plus intéressée sur le comment y parvenir que sur le quoi écrire. Visionnaire, elle comprenait fort bien la société canadienne, y compris et surtout la société québécoise, dans toute sa complexité. Comme elle était visiblement amoureuse de son Québec, elle parlait avec l’autorité de quelqu’un qui en a vu d’autres et dont la sagesse ne laissait planer aucun doute. Elle symbolisait l’harmonie entre les deux grandes communautés linguistiques du pays et faisait fi des deux solitudes.

Depuis son départ, je ressens comme un grand vide au pays. À d’autres maintenant de suivre ses traces. Merci Mme Chambers. Le Québec et le Canada sont des sociétés grandement améliorées grâce à votre contribution remarquable. J’ai de la difficulté à nous imaginer sans vous.

Au nom de l’équipe du Commissariat aux services en français, nous tenons à présenter à sa famille, à ses amis ainsi qu’à ses proches, nos plus sincères condoléances.

Mon dixième anniversaire au CSF

Le 4 septembre 2007, je débarquais seul à Toronto pour entamer un mandat de deux ans à la tête du nouveau Commissariat aux services en français de l’Ontario (CSF). Heureusement, les mandats sont aujourd’hui d’une durée de cinq ans; deux ans c’est bien trop court pour faire ses preuves de manière efficace. Des membres du personnel de l’Office des affaires francophones (à l’époque) avaient loué pour moi un bureau dans une tour commerciale située dans le coin de Bloor et Yonge. Un ordinateur, sans accès à l’intranet des ministères, donc pas d’accès à de l’information pertinente, une chaise, quelques feuilles de papier vierges, voilà tout ce que j’avais à ma disposition! L’OAF avait eu comme mandat de la Ministre (l’honorable Madeleine Meilleur) de me laisser tranquille; les fonctionnaires l’ont prise au mot.

Comme j’avais déjà reçu quelques plaintes à mon adresse électronique privée, avant même de débuter mon mandat, il ne faisait aucun doute que ma priorité serait d’établir un processus de réception des plaintes, tout en dotant le CSF d’un personnel qualifié pour les traiter. La tâche m’apparaissait énorme, mais ne me faisait pas peur car j’avais déjà fait l’expérience d’être le premier dirigeant d’une toute nouvelle entité, ayant été le premier directeur général du défunt Programme de contestation judiciaire, à Winnipeg. Ce qui me tenait éveillé la nuit, par contre, et encore quelques fois aujourd’hui, c’était l’éventualité de décevoir tout un peuple, qui comptait un peu sur moi pour freiner le recul et, dans la mesure du possible, pour faire avancer les choses de quelques pas, chemin faisant.

De fait, pour ne pas trop m’en faire, je ne m’étais fixé qu’un seul objectif : faciliter la tâche de mon éventuel successeur. Ainsi, je pouvais à loisir jeter les bases du Commissariat. Je me suis assuré que l’organisme puisse jouir d’une réputation, d’une efficacité basée sur la rigueur, ainsi que sur la volonté de faire une différence, le tout en agissant dans la plus grande indépendance possible. J’avoue, très humblement, que je crois avoir atteint mon objectif.

Sept mois plus tard, j’ai déposé mon tout premier rapport annuel, intitulé Paver la voie, qui comptait 28 pages et présentait trois recommandations systémiques, dont celle portant sur la définition inclusive de francophone. D’ailleurs, je me souviens fort bien de la réaction des hauts fonctionnaires, de leur étonnement surtout. Ce rapport s’inscrivait donc dans une stratégie d’affirmation de l’indépendance de ce bureau, au bénéfice de tous les citoyens de l’Ontario.

Je suis donc animé aujourd’hui d’un profond sentiment de reconnaissance de tout le chemin parcouru. Jamais, au grand jamais, je n’aurais pu accomplir tout ceci sans la collaboration exceptionnelle d’employés dévoués, dont trois qui m’accompagnent depuis leur arrivée en février 2008. Incidemment, les employés actuels de notre équipe sont à l’image de ce que je souhaitais donner au Commissariat : ils sont compétents, efficaces, empathiques, professionnels, passionnés et veulent faire une différence, chaque jour. Je les en remercie.

Mais je suis surtout reconnaissant envers toutes les personnes qui, en Ontario, m’ont ouvert leurs portes. Des déplacements, j’en aurai fait! On dira ce que l’on voudra sur mon passage au CSF, mais on ne pourra jamais me reprocher de ne pas être allé à la rencontre des citoyens. J’ai accepté toutes les invitations. Toutes. Ça me rappelle une anecdote. Tôt dans mon mandat, lorsque j’étais le seul et unique employé du bureau, je reçois une invitation pour me rendre dans le sud de la province à l’occasion d’un événement local. J’accepte donc volontiers. Quelques semaines plus tard, on me contacte pour retirer l’invitation, l’organisme ayant trouvé entretemps quelqu’un de local, plus connu. En raccrochant la ligne, mort de rires, je me disais à quel point il va y avoir du travail à faire! Et croyez-moi, nous avons travaillé fort au cours des dix dernières années. Nous avons célébré des victoires et connu aussi quelques désaccords avec le gouvernement, mais cela ne nous a pas empêchés de persévérer. Pour preuve, je vous invite à relire mon tout dernier rapport annuel, celui de 2016-2017, où je relate les 10 dernières années du CSF.

Nous avons encore beaucoup à accomplir et, comme nous l’avons mentionné au cours des derniers mois, nous avons établi un nouveau plan stratégique. Je peux donc vous assurer que j’entame cette deuxième décennie pleinement confiant que nous pourrons continuer à faire une différence au quotidien.

Retour sur la saga entourant la fermeture de l’Hôpital général de Penetanguishene

Hier fut une journée bien remplie en raison des nombreuses entrevues données par suite de la remise de notre mémoire à la ministre des Affaires francophones, l’honorable Marie-France Lalonde, et à son ministère ainsi qu’au ministère de la Santé et des Soins de longue durée. Ce mémoire avait pour objet de souligner que le processus de révocation de la désignation de l’Hôpital général de Penetanguishene constituait une violation de la Loi sur les services en français. Je n’ai certes pas mâché mes mots, mais il le fallait, car, après tout, n’oublions pas que c’est le patient qui en subit les conséquences pendant toutes ces années. Le processus prévu par la Loi n’a tout simplement pas été respecté. C’est un fait indéniable. J’ai donc recommandé une série de mesures pour éviter de futures violations de la sorte.

J’ai aussi indiqué dans le mémoire que nous avions reçu, depuis le début de l’année 2017, des plaintes concernant les services en français offerts au Georgian Bay General Hospital (GBGH). Je remercie d’ailleurs l’administration de cet hôpital d’avoir accepté et demandé une désignation, même partielle, sous la LSF. Depuis le 1er juillet, le GBGH est maintenant partiellement désigné en application de la LSF, et il nous faut nous en réjouir. Cela signifie que, juridiquement parlant, les services d’admission et les services ambulatoires doivent être offerts en français.

J’aimerais souligner les efforts de la haute direction de l’hôpital et de ses employés bilingues, car ils travaillent très fort afin de pouvoir offrir des services de qualité aux francophones de la région. Le Commissariat reconnaît donc les efforts de l’hôpital et travaille d’ailleurs de concert avec son personnel afin de corriger les écarts de conformité. Depuis la désignation, nous avons reçu quelques plaintes, mais il ne s’agit pas de plaintes systémiques.

Je peux vous assurer que le Commissariat continuera de collaborer avec toutes les parties concernées afin d’améliorer la prestation des services désignés par le Georgian Bay General Hospital au bénéfice de ses patients francophones. À cet égard, la réaction initiale de la ministre démontre que le gouvernement se montre ouvert à l’idée d’apporter des changements, et cela est de bon augure.

 

 

 

 

Aujourd’hui, on décortique les statistiques…

Nous l’aurons tant attendu ce fameux jour J où nous serons en mesure de recevoir les premières statistiques du recensement 2016. Depuis ce matin, notre équipe a pour mission d’étudier en détails les données afin de pouvoir en dresser un bref portrait. Voici quelques-unes d’entre elles qui ont attiré mon attention.

La diversité linguistique
Les chiffres ne mentent pas : 7,7 millions de personnes (22 % de la population canadienne) ont déclaré une langue maternelle immigrante. On ne peut pas nier que la diversité linguistique prend une place de plus en plus importante au Canada. La proportion de la population ayant déclaré une langue tierce comme langue maternelle est passée de 21,3 % en 2011 à 22,9 % en 2016. Ce sont des langues autres que le français ou l’anglais ce qui signifie que les langues non officielles sont en forte croissance dans l’ensemble du pays. La conséquence logique de ce phénomène est donc une hausse de la proportion du nombre des personnes qui parle plus d’une langue à la maison qui est passée de 17,5 % en 2011 à 19,4 % en 2016.

La langue maternelle en baisse continue ?

D’après les données publiées ce matin, la proportion de Canadiens qui déclarent le français ou l’anglais comme langue maternelle a légèrement diminué par rapport à 2011. En 2016, 78,9 % de la population canadienne avait les langues officielles comme langue maternelle. Cette proportion s’élevait à 80,2 % en 2011, et à 82,4 % en 2001. Depuis 2001, en effet, la proportion diminue. Que pouvons-nous en conclure? Oui certes, la diversité linguistique a augmenté ce qui pourrait certainement expliquer une partie de ce phénomène mais il serait vraiment intéressant de creuser le fonds des choses afin d’identifier les autres facteurs clés.

Le bilinguisme français-anglais, un sommet historique !
Alors que nous venons de fêter notre 150e anniversaire, je suis très heureux de voir que la dualité linguistique est en pleine croissance avec un taux record de 18 % en 2016. Il est vrai que cette augmentation provient de la province de Québec mais on observe également une augmentation dans la plupart des provinces et des territoires également. En Ontario, nous sommes passés de 11% à 11,2%.

Le français à la maison

Il semblerait que nous ayons une tendance à la baisse de la proportion quant à l’usage du français à la maison ? Cela est reflété dans l’ensemble des chiffres du Canada et même au Québec. La proportion de la population canadienne qui parlait le français à la maison était de 23,3 % en 2016, comparativement à 23,8 % en 2011.

Sur une autre note, le poids démographique des Canadiens à l’extérieur du Québec capables de soutenir une conversation en français demeure stable en 2016 (10,2% contre 10,3% en 2011). Il est pertinent de souligner que le nombre a augmenté de près de 160 0000 personnes. Il est intéressant de noter que ces données diffèrent lorsqu’on prend celles basées sur l’ensemble du pays (incluant le Québec) pour lesquelles on constate une légère baisse de la proportion de ce groupe (30,1% à 29,8%) même si leur nombre absolu a continué d’augmenter.

Qu’en est-il des francophones hors Québec ?
Autre donnée à souligner. Même si on dénote une augmentation de près de 14 000 personnes par rapport à 2011 du nombre des francophones hors Québec, leur proportion a légèrement baissé pour passer de 4 % en 2011, à 3,8 % en 2016 1 021 310 personnes en raison principalement de l’immigration internationale. Naturellement, ces tendances varient une province à l’autre.

Malgré cela, on constate tout de même que le nombre des personnes ayant le français comme première langue officielle parlée en Ontario a connu une hausse de plus de 6 000 personnes (6795) par rapport à celui de 2011 soit de 4,3 à 4,1%. Cette croissance en chiffres absolus n’est bien évidemment pas accompagnée d’une hausse en pourcentage vu l’accroissement continu de la population de l’Ontario, notamment en raison de l’immigration.

La définition inclusive francophone (DIF)
Les données publiées aujourd’hui ne prennent pas en compte les variables de la DIF. Rappelons que cette approche est l’une des mesures les plus ambitieuses de la province de l’Ontario qui s’applique à sa population francophone depuis juin 2009. Cette définition inclusive de «francophones» reflète la nouvelle diversité des Franco-Ontariens, quel que soit leur lieu de naissance, leur origine ethnique ou leur religion.

En 2011, grâce à la DIF, 611 500 s’identifiaient comme étant francophones, ce qui représentait 4.8 % de la population de l’Ontario. Si on se réfère aux données d’aujourd’hui, il devient évident que les nouvelles données du ministère des affaires francophones, qui se baseront sur la DIF, démontreront une hausse du nombre de francophones en Ontario.

Notre infographie
Au cours des prochains jours, nous allons passer en revue toutes les autres données pertinentes afin de vous dresser un meilleur portrait de l’usage du français en Ontario. Notre fameuse infographie sera mise à jour afin de refléter les nouvelles données du recensement 2016 une fois que les données de la DIF seront disponibles. En attendant la mise à jour, je vous invite à la revoir sur notre site.

 

Hommage à un grand promoteur francophone du Nord

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons pris connaissance du décès de Marius Ouellette, qui a perdu son combat avec le cancer à l’âge de 79 ans.

La communauté francophone perd un de ses grands contributeurs et membres actifs. M. Ouellette fait partie du groupe de fondateurs des radios francophones en Ontario, a joué de grands rôles auprès du Mouvement des Intervenant.e.s en Communication Radio de l’Ontario (MICRO) et a également pris place au conseil d’administration de l’AFO.

Particulièrement connu des gens du Nord, M. Ouellette était enseignant de musique pendant une longue carrière. Nombreux sont les jeunes qui ont connu un enseignant extraordinaire et un homme dévoué à la francophonie. Ses concitoyens ont su également profiter de ses talents musicaux lors de nombreux spectacles de chorale et de fanfares.

Il a transmis l’amour de la francophonie à l’aide de la musique et de ses diverses implications autant à ses collègues, ses amis, et ses concitoyens, mais aussi à sa famille. L’on peut retrouver cette passion francophone entre autres chez son fils Pierre Ouellette, directeur des services français pour les régions de l’Ontario à Radio-Canada.

Plusieurs organismes ont bénéficié de son implication et son dévouement : Club Rotary, Chambre de commerce de Kapuskasing et la Compagnie des Cents-Associés francophones. Il a également été reconnu en recevant le grade de Chevalier de l’Ordre de la Pléiade en 2010.

Au nom de l’équipe du Commissariat aux services en français, nous tenons à présenter à sa famille, à ses amis ainsi qu’à ses proches, nos plus sincères condoléances.

Un appui aux recommandations préliminaires de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales du Grand Nord

La Commission de délimitation des circonscriptions électorales du Grand Nord, mise sur pied en 2015 par l’Assemblée législative de l’Ontario, étudie présentement la création possible de nouvelles circonscriptions dans le nord de la province. Plus précisément, elle doit évaluer s’il est nécessaire de redécouper les circonscriptions de Kenora-Rainy River et de Timmins-Baie James pour créer une ou deux circonscriptions additionnelles.

Il y a plusieurs raisons qui pousseraient la nécessité de redécouper les circonscriptions, notamment s’assurer qu’il y a un nombre quasi paritaire d’électeurs dans toutes les circonscriptions – un vote doit avoir le même poids partout en province.

Toutefois, dans le cas du travail de la Commission, l’importance de redécouper les circonscriptions est aussi centrée sur le besoin de la représentation politique des communautés autochtones et francophones. Ces communautés ont une histoire et des intérêts particuliers, et on doit considérer toutes les mesures possibles pour qu’un de leurs membres puisse avoir un siège à Queen’s Park.

La Commission a pris ces besoins au sérieux, comme le démontre son rapport préliminaire. Après multiples consultations dans la région, notamment dans les communautés autochtones et francophones, elle recommande la création de deux circonscriptions additionnelles. Tout le Grand Nord de l’Ontario serait composé de quatre circonscriptions : Kenora-Rainy River, Timmins, Mushkegowuk et Kiiwetinong.

Le Commissariat appuie la recommandation de la Commission concernant la création de ces nouvelles circonscriptions puisqu’elle tient compte de l’importance de la représentation politique des communautés autochtones et francophones.

La Commission devrait finir son travail cet automne et un projet de loi incorporant ses recommandations doit être déposé avant le 30 octobre. Dans le cadre des consultations, nous avons soumis un mémoire à la Commission pour continuer d’alimenter ses discussions et nous assurer que l’importance de la représentation politique des francophones est prise en considération lors de ce redécoupage.

 

Nous recommandons alors :

  • à la Commission de maintenir ses recommandations concernant les nouvelles circonscriptions de Kenora-Rainy River, Timmins, Mushkegowuk et Kiiwetinong telles que décrites dans son rapport préliminaire; et

 

  • à l’Assemblée législative d’adopter un projet de loi incorporant les recommandations concernant les nouvelles circonscriptions de Kenora-Rainy River, Timmins, Mushkegowuk et Kiiwetinong telles que décrites dans le rapport préliminaire de la Commission.