Forum ministériel sur l’immigration francophone – Moncton

Un forum ministériel sur l’immigration francophone a eu lieu jeudi et vendredi à Moncton au Nouveau-Brunswick, qui réunissait les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux responsables de la francophonie canadienne et de l’immigration. Les principales discussions avaient pour objet de développer des actions visant à élargir la portée des efforts des gouvernements et la mise en œuvre de stratégies communes pour atteindre leurs objectifs, en ce qui à trait l’immigration francophone.

Cet évènement auquel les trois commissaires linguistiques (fédéral, Nouveau-Brunswick et Ontario) ont été conviés nous ont permis d’échanger et de partager nos recommandations dans le domaine de l’immigration et de l’établissement partout au Canada.

Chaque année, le gouvernement fédéral détermine le nombre de nouveaux arrivants qui peuvent être acceptés au Canada. Selon des récentes projections, les nouveaux arrivants représenteraient entre 24,5 % et 30,0 % de la population du Canada en 2036, par rapport à 20,7 % en 2011 (Statistiques Canada – 27 janvier 2017).

Nous dénotons déjà une forte augmentation puisque nous avons accueilli un peu plus de 320 000 immigrants au cours des deux dernières années. L’Ontario a d’ailleurs fortement joui de cet essor puisqu’elle est considérée comme étant une province qui attire le plus de nouveaux arrivants provenant d’un autre pays.

Aujourd’hui, nous faisons face à des enjeux démographiques et économiques qui se traduisent par une baisse marquée de la natalité et des taux accrus de vieillissement. Afin de contrer cette réalité, il ne fait aucun doute que nous avons besoin d’une immigration francophone plus accrue, afin de contribuer à la pérennité, le développement et à la vitalité de la francophonie hors Québec.

L’annonce de l’adhésion de l’Ontario à titre d’observateur, à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) tombe à pic, car elle aura surement une incidence positive au niveau de la stratégie de recrutement, entre autres.

Le gouvernement a élaboré, en 2012, sa toute première stratégie sur l’immigration afin d’attirer davantage de main-d’œuvre qualifiée. Dans le cadre de cette stratégie, il s’est fixé la cible de 5% en matière d’immigration francophone et a déjà entrepris un certain nombre d’actions pour atteindre cette cible.

Je viens tout récemment d’apprendre que des modifications seront apportées, dès juin 2017, à Entrée Express. Ces nouvelles mesures permettront aux nouveaux arrivants francophones de se munir plus de points, s’ils possèdent de solides compétences en français. C’est une excellente initiative qui je pense saura susciter un plus grand nombre de nouveaux arrivants francophones qui auparavant, n’avaient pas la possibilité de venir s’établir au Canada par manque de points.

Voilà certainement un pas dans la bonne direction. Nous devons toutefois analyser tout le système de pointage afin de s’assurer que les candidats qui ne conversent pas dans la langue de Shakespeare, mais qui sont à l’aise dans la langue de Molière ne perdent pas non plus de points. Autrement dit, s’assurer que les demandes soient scrutées à la loupe  pour les candidats dans notre province.

Tout récemment, un groupe d’experts de l’immigration francophone a publié un rapport proposant des solutions auprès du ministère des Affaires civiques et de l’Immigration pour l’atteinte de la cible d’ici 2020.

J’ai d’ailleurs publié à cet effet, un communiqué de presse indiquant au ministère qu’il était impératif de concrétiser ces recommandations en un plan d’action et cela avec un échéancier. Il nous reste que 3 ans et je vous avouerais que je suis un peu anxieux quant à la mise en action de ces mesures concrêtes. Certes, nous dénotons une nette progression au niveau du pourcentage de l’immigration francophone de l’Ontario entre 2015 et 2016 avec 2.2 % par rapport à 2%. Mais ces résultats nous démontrent également l’urgence de déployer une stratégie interministérielle intégrée. Sans la mise en place d’un plan d’action concret qui vise à attirer, recruter, accueillir, intégrer, former et retenir les immigrants francophones à l’échelle provinciale et nationale, il nous sera très difficile, voire impossible d’atteindre cette cible.

Il est également important pour ces instances gouvernementales de communiquer avec les institutions qui fournissent des services directs auprès des nouveaux arrivants. C’est en collaborant avec ces organismes que nous serons en mesure d’offrir des services personnalisés et adaptés aux besoins spécifiques des nouveaux arrivants. Voilà d’ailleurs l’essentiel du message que j’ai livré. On a beau avoir les meilleures complicités du monde entre les deux paliers de gouvernement, il n’en demeure pas moins que ce ne sont pas eux qui livreront le service sur le terrain. Autrement dit, on se doit non seulement d’être stratégique, mais efficace. Soyons à l’aéroport de Pearson même pour prendre un exemple concret ! Il est temps de penser au-delà de la stratégie à un plus haut niveau et de nous focaliser sur des actions qui sauront être efficaces mais surtout centrés sur les vraies réalités du parcours du nouvel arrivant francophone.

J’ose également espérer qu’à la lumière de mes recommandations et des discussions qui ont eu lieu dans le cadre de ce Forum, nous serons en mesure d’obtenir des engagements des deux paliers gouvernementaux mais surtout de déployer des actions concrètes et pragmatiques en vue de combler le déséquilibre de l’immigration francophone.

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