Promouvoir les droits linguistiques (1 de 2)

Ce blogue vous est présenté par notre blogueur invité et nouvel employé, Yves-Gérard Méhou-Loko, l’un de nos trois chefs de projets et chargée des liaisons communautaires. Voici son résumé 1 de 2 de la conférence de l’Association internationale des commissaires aux langues officielles qui a eu lieu à Ottawa les 20 et 21 mai dernier.

La salle du douzième étage du pavillon Desmarais de l’Université d’Ottawa est bondée. Autour de moi, j’entends toutes sortes de langues et de sons qui me sont inconnus. Une conversation en inuktitut devant moi (j’apprendrai d’ailleurs qu’il est préférable d’employer le terme inuit pour désigner la langue parlée par les habitants du Nord canadien), des rires acadiens, une représentante suisse qui passe allégrement du français à l’anglais en passant par l’allemand avec son homologue belge et des Kosovars qui me racontent en anglais comment la guerre a déchiré leur pays. Un scénario idéal pour une conférence de l’Association Internationale des commissaires linguistiques tenue dans un pays qui a officiellement deux langues officielles et dont la capitale est unilingue.

Des gens de partout avec des défis communs. Très vite, au détour de conversations autour d’un café nous nous rendons à l’évidence que les défis liés à la protection de la langue sont les mêmes partout, à quelques nuances près.

Ainsi, les nobles intentions manifestées par les gouvernements au moment de la création des commissariats et bureaux d’ombudsman ne se traduisent pas toujours par des actions concrètes. L’hôte de la conférence, le commissaire aux langues officielles du Canada Graham Fraser, l’illustre dès l’ouverture des débats lorsqu’il rappelle que ces institutions doivent souvent faire preuve d’une grande diplomatie, ou comme le dira plus tard le professeur Colin Williams de l’université de Cardiff, les commissaires et les ombudsmans doivent être des experts en « massage d’égo ».

La collaboration plutôt que la confrontation
Le commissaire Boileau rapporte lui-même dans le tout premier panel que certaines pratiques sont à éviter, car elles peuvent « irriter » l’appareil gouvernemental. Il rappelle que pour atteindre des résultats probants, le commissaire n’a d’autre choix que travailler de pair avec le gouvernement. Ainsi, il insiste sur la patience dont doit faire preuve le commissaire ou ombudsman linguistique. Tout comme François Boileau, la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Katherine d’Entremont, reconnaît les sensibilités liées à la publication des recommandations des commissaires. Mme d’Entremont précise dans son allocution qu’émettre des recommandations à caractère punitif n’a d’autre effet que de stigmatiser les relations avec les gouvernements. Selon le commissaire aux services en français de l’Ontario, il est important dès lors de présenter des recommandations auxquelles est joint un échéancier précis. D’ailleurs, les commissaires s’entendent sur la nécessité de présenter des objectifs clairs afin d’éviter toute forme d’ambigüité. Les représentants des gouvernements partagent eux aussi cet avis. Marc Tremblay, directeur administratif au Centre d’excellence des langues officielles du Conseil du Trésor du canada, rappelle ainsi que la clarté des recommandations prime avant tout et que le commissaire ou ombudsman doit accorder la latitude de l’échéancier au gouvernement afin que ce dernier puisse intervenir en amont. Des propos relayés par la Sous-ministre adjointe à l’Office des affaires francophones de l’Ontario, Kelly Burke, pour qui la coopération et la relation de confiance entre le gouvernement et le bureau du commissaire sont des conditions sine qua non à la protection des droits linguistiques.

La commissaire du gallois, Meri Huws (en anglais), fait écho aux propos de ses homologues, mais rappelle que malgré la nécessité de travailler de concert avec le gouvernement, les commissaires et ombudsmans doivent éviter la complaisance afin de maintenir leur crédibilité aux yeux du public. Dans sa conclusion, le rapporteur de la conférence, Colin Williams, rappellera aux commissaires l’importance de connaître leurs devoirs et d’exercer leurs pouvoirs.

Cette conférence de l’Association internationale des commissaires linguistiques, a aussi été l’occasion de réfléchir sur les conflits liés aux questions linguistiques. Lors de son allocution, Pär Stenbäck (en anglais), ancien ministre de l’Éducation de Finlande, soutient que les langues deviennent très vite un outil de domination qui s’illustre par la volonté du colonisateur ou vainqueur d’un conflit d’imposer sa langue à la minorité. C’est dès lors que l’absence de droits linguistiques peut aussi être prétexte à une intervention militaire. Selon M. Stenback, puisqu’aucun pays au monde n’est unilingue, il devient primordial de créer des structures institutionnelles afin d’éviter l’extinction des minorités et par le fait même garantir la paix sociale.

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