Blogue du commissaire

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François Boileau
Commissaire aux services en français

Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui (suite et fin)

En cette année du 400e anniversaire de la présence francophone en Ontario, je publierais une série de billets portant sur la conférence que  j’ai présenté à la Société d’histoire de Toronto le 21 janvier 2015 intitulée « Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui ».

L’Ontario célèbre les 400 ans de la présence française cette année, pour l’occasion la Société d’Histoire de Toronto a préparé une série de conférences pour souligner le passage de Champlain en Ontario. Connaissant mon admiration pour cette figure historique, on m’a demandé de faire une tâche imposante, soit non seulement de vous parler de Champlain, mais de tenter de jeter un regard sur l’Ontario d’aujourd’hui avec le regard qu’aurait pu avoir Champlain. Alors, pour revenir à la question initiale, que penserait Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui?

Sur cette question, je serai relativement bref et je vous invite à lire l’excellent livre, « Chers voisins » de Jean-Louis Roy, ancien Secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la francophonie, délégué du Québec et directeur du Devoir. Ce n’est pas surprenant, le Canada est une terre d’accueil. De fait, proportionnellement à sa population, le Canada attire trois fois plus d’immigrants que les États-Unis et qu’il est toujours la deuxième destination mondiale des migrations après l’Australie. Bien que l’on ait malheureusement un gros, voire énorme problème de reconnaissance des diplômes étrangers.

Pour Jean-Louis Roy, il ne fait pas de doutes que la diversité est LA réussite de l’Ontario. Et il n’oublie pas l’Ontario français y consacrant de très nombreuses pages forts pertinents. Il nous rappelle que toutes ces communautés venues d’ailleurs ne constituent pas des groupes homogènes ici en Ontario, pas plus qu’elles ne l’étaient dans leur pays d’origine. Elles nous arrivent avec toute la complexité et la richesse humaine qu’il nous faut pour avancer davantage. Je crois bien que Champlain serait fort heureux de ce dénouement inattendu, que cette terre en soit une d’accueil et de respect de la diversité.

Quelques mots aussi sur la francophonie internationale. Malgré le Traité d’Utrecht (1713) et malgré le Grand Dérangement (1755 et 1758), malgré le Traité de Paris (1763), malgré la cession du territoire de la Louisiane (1803) par Napoléon, le français se porte étonnamment bien dans le monde, et même au Canada. D’ailleurs, des 13,5 millions de personnes en Ontario, 611 500 s’identifient en tant que francophones, c’est-à-dire 5% de la population. Les francophones de la province font partie d’une communauté plus large de 220 millions de locuteurs de francophones dans le monde et de cette communauté mondiale, 96 millions vivent en Afrique.

Comme je le dis souvent en entrevues quand on me pose la question inévitable des journalistes à savoir quel est le constat que je fais de l’Ontario français, c’est bien difficile de répondre, car il nous faut pouvoir prendre du recul. Si on regarde annuellement, les progrès peuvent parfois être plutôt timides, bien que la dernière année fût quand même assez riche. Mais si notre angle est plutôt de trente années, les progrès sont indéniables. À l’inverse, Champlain aurait probablement trop de recul pour en établir une appréciation estimable. Pour les plus vieux d’entre nous, il y a 30 ans, avoir la possibilité d’obtenir une plaque d’immatriculation en français dans la province aurait été tout simplement impensable et cela aurait soulevé de grandes tensions. Aujourd’hui, c’est somme toute assez banal.

En plus, le ministère des Transports de l’Ontario vient tout juste de créer des nouveaux panneaux de signalisation complètement bilingues. Et ça ne fera aucune vague. On est loin de la crise de Sault Sté-Marie e la fin des années 80 où la ville s’était déclarée (illégalement) unilingue Anglaise. Ou encore de la crise des écoles de Penenanguishene, de Cornwall, pour ne nommer que ceux-là. Ou encore de la crise linguistique au Manitoba qui a fait tomber le gouvernement Pawley et où la maison de la Société franco-manitobaine a été incendiée et le président avait reçu de la protection en raison de menaces de mort.

On l’a vu récemment, avec le cas de l’Hôpital de Cornwall où une petite poignée d’individus ont bien tenté de faire revivre une querelle linguistique. Cela n’a pas levé du tout. Tout récemment, un activiste distribuait, dans tous les foyers de Prescott et Russell, un dépliant dont le titre était : « How to wipe out the Franco-Ontarian language and culture » (comment effacer la langue et la culture franco-ontarienne). Remplacer Franco-Ontarian par n’importe quel autre groupe ou dénomination religieuse et cela aurait fait les manchettes à travers le pays, voire même au monde. Mais bon, les Franco-Ontariens sont habitués de se battre et de continuer d’avancer. Car, en milieu minoritaire, si on n’avance pas, on recule. On ne peut faire du surplace. Alors, bon an mal an, on a continué d’avancer.

Vous me permettrez cet écart, mais on a eu quelques lois importantes comme la Loi sur les tribunaux judiciaires où on indique clairement que le français et l’anglais sont les langues officielles des tribunaux de l’Ontario. Puis, bien entendu, la Loi sur les services en français de 1986 qui consacre, quasi constitutionnellement, le fait que toutes nos lois sont adoptées dans les deux langues, qu’elles ont égales force de loi, que les Franco-Ontariens puissent communiquer et recevoir des services de la part de tous les ministères et organismes gouvernementaux. Ce n’est pas rien.

Puis, en 2007, on a créé le poste de commissaire aux services en français et depuis le 1ier janvier 2014, ce commissaire est maintenant un officier du Parlement, relevant non plus d’un ministre, mais de tous les parlementaires, créant ainsi une institution francophone au cœur même de l’Assemblée législative de l’Ontario, assurant aussi une pérennité et une dépolitisation de cette importante institution.

Bien entendu, l’affaire Montfort a grandement aidé à cristalliser certains droits. « Montfort fermé, jamais! » a été largement entendu partout au pays. Et les conséquences sont vives et importantes. D’ailleurs l’Hôpital Montfort est en meilleure santé que jamais, étant même maintenant un hôpital universitaire. Nous avons des centres de santé communautaires francophones. Nous jouissons de l’autonomie de la gestion scolaire avec 12 conseils scolaires. TFO est maintenant autonome et ne fait plus partie de TVO. Nous avons des radios communautaires et privées, des journaux communautaires, des sites, des blogues et on peut même rire de nous autres en masse (comme la récente vidéo du groupe Improtéine).

On se dote de plus en plus d’institutions, comme les nouvelles entités de planification de services de santé, une première grande incursion dans le secteur de la santé, au niveau de la planification. Il était temps, près de 40 ans après la parution du rapport Dubois.

En guise de conclusion, Champlain était un visionnaire et un précurseur, en plus d’être administrateur, un bâtisseur et un fonceur. Il aurait apprécié la notion que, en milieu minoritaire, si on n’avance pas, on recule. Il aurait définitivement eu sa place dans la communauté franco-ontarienne, surtout avec notre Définition inclusive! Et je crois bien qu’il aurait aussi demandé ses services en français, tant auprès du gouvernement fédéral que du gouvernement de l’Ontario.

Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui (suite)

En cette année du 400e anniversaire de la présence francophone en Ontario, je publierais une série de billets portant sur la conférence que  j’ai présenté à la Société d’histoire de Toronto le 21 janvier 2015 intitulée « Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui ».

L’Ontario célèbre les 400 ans de la présence française cette année, pour l’occasion la Société d’Histoire de Toronto a préparé une série de conférences pour souligner le passage de Champlain en Ontario. Connaissant mon admiration pour cette figure historique, on m’a demandé de faire une tâche imposante, soit non seulement de vous parler de Champlain, mais de tenter de jeter un regard sur l’Ontario d’aujourd’hui avec le regard qu’aurait pu avoir Champlain. Alors comment Champlain jugerait-il du sort réservé en 2015 aux Premières nations au Canada?

Pour répondre adéquatement, toujours avec l’optique que je ne suis pas historien de profession,  je vous propose deux angles : langues et cultures et les territoires occupés. Un premier grand constat au niveau des langues et cultures autochtones, Inuit et métis au Canada, c’est qu’elles sont évidemment en grand danger. En effet, sur 1,1 million d’Autochtones que comptait le Canada en 2006, près de 250 000 vivaient en Ontario et plus de 700 000 dans les quatre provinces de l’Ouest (8/10). En Ontario, ils formaient 2% de la population totale.

Vous noterez avec intérêt que le Canada n’est surpassé que par la Nouvelle-Zélande quant à la proportion d’Autochtones au sein de sa population. Une population autochtone de plus en plus urbanisée, comme à Winnipeg, mais aussi de plus en plus jeune. La moitié de la population autochtone est composée d’enfants et de jeunes (moins de 24 ans), l’âge médian étant de 27 ans (comparée à 40 pour les non autochtones). En 2006, seulement 21% des enfants de 14 ans et moins pouvaient soutenir une conversation dans une langue autochtone et la proportion était de 24% pour les jeunes de 15 à 24 ans. Pas tellement étonnant, considérant que la Loi sur les Indiens, promulguée pour la première fois en 1876, a servi de modèle à l’époque à la Loi sur l’apartheid d’Afrique du Sud… C’est la loi canadienne qui a subi le plus de changements.

En vertu de cette loi, le ministère était responsable de la gestion des terres, des ressources et de l’argent des Indiens, du contrôle de l’accès aux substances intoxicantes et de la promotion de la «civilisation». La Loi sur les Indiens était fondée sur la prémisse selon laquelle il incombait à la Couronne de s’occuper des Premières nations et de veiller à leurs intérêts en agissant comme «tuteur» tant et aussi longtemps que ces dernières ne s’intégreraient pas pleinement à la société canadienne.

De plus, le Canada a encouragé les fameuses écoles résidentielles où les enfants étaient séparés de leurs familles pendant 5-6-7 ans, voire plus. Interdiction de contact avec villages, empêchant le partage des valeurs et coutumes transmises traditionnellement par les sages (elders). Interdiction de parler leur langue, de pratiquer leur religion, même de manger de la viande dite sauvage. On parle ici de générations complètes de perdues au niveau de la langue et des coutumes, mais aussi des valeurs et autres traditions.

En 1991, alors que je me trouvais au Yukon, j’ai été témoin de la disparition d’une langue, le Taggish, lorsqu’Angela Sidney est disparue. J’avais comme mandat de trouver des points de rapprochement entre les Franco-yukonnais et les premières nations du Yukon. J’ai vu des hommes matures pleurer devant moi en me racontant leurs histoires personnelles concernant les écoles résidentielles. Pas étonnant qu’il y ait eu une Commission de vérité et réconciliation du Canada. Au moins, le 11 juin 2008, le gouvernement du Canada a présenté des excuses officielles et historiques aux anciens élèves des pensionnats indiens, leur demandant pardon pour les souffrances qu’ils ont subies ainsi que pour les répercussions de ces écoles sur la culture, le patrimoine et les langues autochtones.

Sur la question des territoires, l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 devait, en théorie du moins, avoir réglé le tout. On y traite des « droits existants ancestraux ou issus de traités » ainsi qu’une définition des Autochtones visant les Premières nations, les Inuit et les Métis. Mais en l’absence de consensus sur une définition claire de ce qui constitue « les droits existants – ancestraux ou issus de traités », ce sont les tribunaux qui ont dû se pencher sur la question. Pas évident, puisque des droits étaient contestés, il fallait prouver leur existence devant les tribunaux.

Les Premières nations, les Inuits et les Métis se sont donc tournés – collectivement et individuellement – vers les tribunaux pour définir non seulement la portée et l’étendue de leurs droits, mais également pour identifier et reconnaître des droits et des traités. Plusieurs affaires judiciaires ont contribué à définir ces droits ancestraux et issus de traités et à orienter les politiques et les programmes gouvernementaux de façon à respecter ces droits et à en prévenir la violation.

D’ailleurs, deux récents arrêts de la Cour suprême du Canada, Nation Tsilhqot’in c. Colombie-Britannique, 2014 et Première Nation de Grassy Narrows c. Ontario 2014, nous renseignent davantage sur la question du traitement réservé aux titres historiques et aux traités, mais surtout sur le fait que les Premières nations doivent être consultées concernant l’aménagement de leurs terres traditionnelles. L’effet préjudiciable de l’entreprise de la Couronne — et l’étendue de son obligation de consulter et d’accommoder — est affaire de degré, mais la consultation ne saurait exclure d’emblée l’accommodement.

Il y a donc tout lieu de croire, et je spécule encore une fois qu’au regard de nos liens avec les Premières nations, Champlain aurait été quelque peu déçu, voire triste. Déçu que son rêve de partage des cultures, des langues, des valeurs et coutumes ainsi que du territoire n’ait pas fonctionné. Et que, bien que des massacres plus sanglants et spectaculaires aient été commis ailleurs en Amérique, il n’empêche pas moins que l’élimination du « problème indien » n’en a pas été pour le moins efficace au Canada. Peut-être se demanderait-il pourquoi il n’y a pas de commissaire fédéral aux Affaires autochtones, ni même aussi et pourquoi pas, un commissaire provincial dédié aux Affaires autochtones.

Alors, pour revenir à la question initiale, que penserait Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui?Ce sera le sujet du prochain billet de la série. À suivre

Mention honorable : Groupe de fournisseurs de services de santé identifiés

Le RLISS de Mississauga Halton a créé un groupe de fournisseurs de services de santé identifiés au sein de la région où ses services sont offerts. Le groupe, sous la gouverne du RLISS de Mississauga Halton, cherche à améliorer l’accès à des services de santé en français, appropriés sur le plan culturel et linguistique, au sein même du RLISS, conformément à la Loi sur les services en français. Ce groupe donne l’occasion à ses membres de débattre de sujets en lien avec les services en français, en se penchant notamment sur les plus récentes nouvelles et directives, les initiatives et programmes en appui à leur développement, les possibilités de financement, les ressources linguistiques, les meilleures pratiques et les événements communautaires.

La série des mentions honorables est une série de 11 billets que le commissaire publie pour souligner individuellement le leadership exercé par des ministères et des organismes gouvernementaux pour favoriser une plus grande offre de services de qualité en français énumérée dans son Rapport annuel 2013-2014. La liste complète des mentions honorables est disponible ici.

Mention honorable: OLG soutient neuf événements dédiés aux francophones à travers la province

En injectant un montant de 44 000 $ en commandite, la Société des loteries et des jeux de l’Ontario (OLG) a apporté son soutien à neuf événements dédiés aux francophones à travers la province cette année. Ces fonds ont soutenu des festivals, du cinéma, des concerts, de la danse et des déjeuners d’affaires en français à Toronto, Ottawa et Sault Ste-Marie. L’engagement accru d’OLG à la communauté francophone se traduit par une augmentation de 96 % en fonds de commandite au cours des deux prochaines années. Ce soutien accru aide non seulement les organisations communautaires et la communauté francophone qui fréquentent ces événements, mais il favorise également la promotion des événements de manières diverses, attrayantes et de grande portée au sein de la communauté élargie.

La série des mentions honorables est une série de 11 billets que le commissaire publie pour souligner individuellement le leadership exercé par des ministères et des organismes gouvernementaux pour favoriser une plus grande offre de services de qualité en français énumérée dans son Rapport annuel 2013-2014. La liste complète des mentions honorables est disponible ici.

Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui (suite)

En cette année du 400e anniversaire de la présence francophone en Ontario, je publierais une série de billets portant sur la conférence que  j’ai présenté à la Société d’histoire de Toronto le 21 janvier 2015 intitulée « Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui ».

L’Ontario célèbre les 400 ans de la présence française cette année, pour l’occasion la Société d’Histoire de Toronto a préparé une série de conférences pour souligner le passage de Champlain en Ontario. Connaissant mon admiration pour cette figure historique, on m’a demandé de faire une tâche imposante, soit non seulement de vous parler de Champlain, mais de tenter de jeter un regard sur l’Ontario d’aujourd’hui avec le regard qu’aurait pu avoir Champlain. Alors, quel serait le regard de Champlain aujourd’hui, sans nécessairement le savoir avec assurance?

Je crois qu’il serait d’abord surpris de la perte de tout un territoire si vaste au profit de la Couronne britannique. Tout le continent nord-américain est sous l’influence anglaise, à l’exception de Saint-Pierre et Miquelon! Il serait certainement fort surpris de constater que l’Amérique est une république. Mais encore plus sous le choc de savoir que la France est aussi une république!

Comme cartographe et explorateur, il serait fort surpris, mais peut-être pas tant que ça, de savoir que la route des Indes n’existe tout simplement pas, que le continent nord-américain soit si vaste et que la Nouvelle-France, pardon, le Canada, soit si immense. Certainement qu’il serait tenté d’aller explorer de nouvelles façons de naviguer dans l’Océan arctique, maintenant que la fonte des glaces permet de voyager presque en tout temps de l’année.

Quant à l’Ontario, Champlain trouverait certainement approprié de découvrir que l’on a donné ce nom à cette vaste étendue de terres, de forêts et surtout d’eau douce. Ontario signifie « belle eau scintillante » en langue huronne, bien que « Kanadario » en iroquois signifie « eau miroitante ». C’est d’ailleurs dès 1641 que le mot Ontario désigne le territoire le plus à l’est sur la rive nord des Grands Lacs. Une région habitée d’abord par des nations de langue algonquiennes et iroquoiennes. La nation la plus importante était celle des Ojibway, dans le nord de la province.

Il existait au temps de Champlain deux grandes confédérations iroquoises : les Iroquois et les Hurons. Les cinq nations des Iroquois (Sénéca, Oneida, Onondage, Cayuga et Mohawk) occupaient les territoires près du lac Ontario et le lac Érié. On les appelait aussi les Haudenosaunee en langue huronne. Les nations huronnes se trouvaient davantage près du lac Simcoe.

Il vous faut lire le roman historique « Dans le grand cercle du monde » ( The Orenda en anglais) de l’auteur canadien Joseph Boyden. Il y raconte  une épopée que certains ont décrite comme étant  l’Iliade canadienne. Les nations huronnes étaient aussi composées de cinq nations : the Bear, Rock, Cord, Swamp et Deer. Les Hurons, selon Champlain même, étaient les négociants clés sur un vaste territoire avec un véritable contrôle de banquier. D’ailleurs, la monnaie d’échange était les 3 sœurs (maïs, courge et haricots).

Champlain comprenait qu’il était celui qui venait d’ailleurs, d’un autre monde, pas en tant que conquérant, mais davantage en termes de possibilités pour tous. Peut-être était-ce parce qu’il avait vu de ses yeux les débordements incessants et les massacres des guerres de religion d’Europe. Peut-être aussi était-ce parce qu’il avait accompagné les vaisseaux espagnols en Amérique centrale et sur les côtes d’Amérique du Sud et qu’il avait été témoin des massacres virulents perpétrés au nom du roi, de la religion et de ladite civilisation du temps.

Il a même été témoin des esclaves noirs venus d’Afrique afin de devenir des pêcheurs de perles. Il avait réussi à s’embarquer auprès des vaisseaux espagnols, car « la collaboration lui venait aisément, avec catholiques et calvinistes, marchands et prêtres, savants et soldats, corsaires français et aristocrates espagnols. ». Champlain avait compris qu’il lui fallait agir autrement avec les Premières nations. Les voir comme des partenaires potentiels, mais surtout de chercher à coexister sur les mêmes terres. Voilà pourquoi il a envoyé des jeunes gens et, un peu contre son gré, bien qu’à la fin de sa vie, il a redécouvert une ferveur catholique, des missionnaires.

Bien entendu, Champlain a étudié le terrain et, en stratège militaire, il a compris qu’il s’y trouvait plusieurs nations très distinctes, avec des langues différentes et, très souvent en guerre. Il a choisi son camp en s’enlignant davantage avec les nations huronnes, montagnaises et algonquines. Le 17 août 1615, Champlain s’est rendu à Cahiagué, chef-lieu de la Huronie, tout près de l’actuel Penentanguishene. Il a aussi pris les armes contre les Agniers, les premiers parmi les égaux des nations iroquoises.

Mais il a aussi agi comme arbitre et médiateur entre ses nouveaux alliés et entre les alliés et les Français. Champlain connaissait intimement les Etchemins et les Micmacs, les Montagnais, les Algonquins et les Hurons et bien d’autres nations indiennes. Il comprenait la complexité de leur vie politique et leur manière de faire la guerre. Plus encore, il croyait qu’ils pouvaient devenir de bons chrétiens, tout en préservant leur identité et leur culture. Qu’il était possible d’être Huron et chrétien en même temps. Il possédait la conviction que les Français et les Indiens pouvaient non seulement exister côte à côte, mais que chacun des groupes pourrait préserver ce qu’il y avait de mieux dans leurs coutumes respectives. Champlain croyait que les Indiens avaient une âme, contrairement à ce que croyaient la plupart des Européens, et plus encore, il s’intéressait à leurs croyances.

Cependant, l’absence de la croyance en Dieu expliquait, pour Champlain, l’absence de lois chez les Premières nations, sinon la lex talionis où un méfait était puni par un autre méfait. Car contrairement à la lex equitatis où l’idée exprimée est celle du droit, de la justice et de l’équité. Ainsi, pour lui, l’absence de la foi chrétienne empêcherait cette lex equitatis et c’est une des raisons pour lesquelles il était aussi en faveur que des religieux s’installent non seulement en Nouvelle-France, mais partent aussi en mission auprès des Premières nations.

À l’un de ses retours de France, il se rend compte que l’un de ses compatriotes avait maltraité un Montagnais. Ce dernier a tendu une embuscade au premier et l’a tué, jetant son corps dans la rivière. Comme les autres Montagnais craignaient pour la stabilité dans la région, ils ont convaincu de se rendre chez les Français. Ces derniers l’ont emprisonné avec l’intention de le juger et de l’exécuter. Mais les nations indiennes veulent plutôt offrir une réparation pour les torts causés. La tension est dense et tout le monde est sur le qui-vive, les nations indiennes prêtent à rompre la paix si réparation juste n’est pas obtenue.

Champlain est de retour dans ce contexte. Il sait très bien que la justice européenne ne peut s’appliquer telle quel. Et qu’en même temps, il doit se faire aussi respecter par ses compatriotes pour le crime commis. Il en arrive donc à développer un droit nouveau. Il remet le meurtrier à sa famille, cette dernière se portant garante de sa bonne conduite à venir. Mais deux de ses frères seraient placés sous la garde des Récollets, apprenant ainsi la langue française et espérant qu’ils deviennent aussi des croyants à la foi catholique.

Alors comment Champlain jugerait-il du sort réservé en 2015 aux Premières nations au Canada?

Ce sera le sujet du prochain billet de la série. À suivre

Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui

En cette année du 400e anniversaire de la présence francophone en Ontario, je publierais une série de billets portant sur la conférence que  j’ai présenté à la Société d’histoire de Toronto le 21 janvier 2015 intitulée « Discussion avec Champlain sur l’Ontario d’aujourd’hui ».

L’Ontario célèbre les 400 ans de la présence française cette année, pour l’occasion la Société d’Histoire de Toronto a préparé une série de conférences pour souligner le passage de Champlain en Ontario. Connaissant mon admiration pour cette figure historique, on m’a demandé de faire une tâche imposante, soit non seulement de parler de Champlain, mais de tenter de jeter un regard sur l’Ontario d’aujourd’hui avec le regard qu’aurait pu avoir Champlain.

Malheureusement, malgré toutes mes incantations, Champlain n’est pas ici pour dire lui-même ce qu’il pense de l’Ontario d’aujourd’hui. Il n’est pas non plus venu à mon aide. Pour me préparer, je n’ai pas procédé à l’analyse des œuvres de Champlain, ses cartes, ses manuscrits, ses écrits et autres dessins, aussi fabuleux soient-ils. Je me suis fié presque exclusivement au travail colossal et super intéressant de l’historien de renom David Hackett Fischer et son livre « Le rêve de Champlain » éditions Boréal. D’ailleurs, je ne peux que vous encourager à lire son livre qui se lit d’ailleurs, comme un roman.

Vous savez, les historiens sont, par définition même, prisonniers de leurs époques. Mais aussi, ils peuvent être largement influencés par leur conception de la vie politique et sociale ou de leurs croyances et autre appartenance politique. Par exemple, Hackett Fischer a recensé des auteurs et des écrits sur Champlain sous des angles : de ses contemporains historiens, de la mémoire indienne, des historiens récollets, des historiens au temps des Lumières, des philosophes, d’historiens comme les abbés Ferland et Laverdière, d’historiens libéraux du Québec, d’historiens au service du renouveau catholique, d’historiens plébéiens, de l’historien paternel de Dionne, Champlain impérial des Canadiens anglophones, de ses détracteurs : imposteur, menteur et fabulateur, d’ethnohistoriens, des archivistes, des archéologues, de géographes historiques, de la part de Trudel et de la nouvelle histoire sociale, des marxistes et néomarxistes. Bref, la liste est longue!

Quant à Hackett Fischer, il décrivait Champlain comme marin, soldat, espion du Roi, explorateur, artiste doué, cartographe de génie, navigateur hors pair (il a traversé 27 fois l’Atlantique et n’a jamais perdu un seul vaisseau – tous les marins, des gens superstitieux qui croient que les dieux te bénissent ou non, voulaient voguer avec lui), chef de guerre, leader visionnaire, bâtisseur, administrateur, fondateur de Québec et de Trois-Rivières, humaniste entre les diverses religions et avec les premières nations.

Champlain est aussi à l’origine de trois grands peuples : les Acadiens, les Canadiens français et les Métis. Pourquoi les métis? Car Champlain a envoyé des jeunes Français vivre parmi les Indiens, question d’apprendre leurs langues et coutumes. Et il a obtenu des chefs indiens qu’ils envoient aussi des jeunes gens en France pour sensiblement les mêmes raisons. Et ces jeunes gens revenaient, contrairement au temps de Jacques Cartier où ils étaient enlevés et que l’on ne les revoyait plus jamais.

Pour Champlain, de bons interprètes étaient aussi des explorateurs, des linguistes, des commerçants, des diplomates et des anthropologues. Il forma des douzaines de ces jeunes interprètes. Il n’y en avait pas deux pareils. Alors, tous ces Étienne Brûlé, Olivier Le Tardif, Nicholas Marsolet et surtout le célèbre Jean Nicollet, sont devenus, au fil des ans, des douzaines, puis des centaines de jeunes gens ayant le goût de l’aventure et de la liberté. Ils sont devenus des coureurs des bois, donnant naissance à des générations de métis.

Alors, quel serait le regard de Champlain aujourd’hui, sans nécessairement le savoir avec assurance? Ce sera le sujet du prochain billet de la série. À suivre