Blogue du commissaire

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Ce lieu se veut d’abord un espace d’échanges, d’interactions et de discussions. Nous encourageons donc le partage d’arguments et de points de vue divergents, sans toutefois qu’une forme d’échange privé s’installe entre deux participants. Veuillez prendre connaissance des conditions d’utilisation avant de participer au blogue.

François Boileau
Commissaire aux services en français

Centre Jules-Léger : une structure qui ne tient pas la route

Je peux vous en assurer, des enjeux, depuis ma nomination en 2007, il n’en manque pas. Mais peu ont eu un impact aussi important sur moi que cette enquête concernant la gouvernance du Centre Jules-Léger. Ce centre se spécialise dans l’apprentissage pour les élèves francophones sourds, malentendants, aveugles, ayant une basse vision, puis sourds et aveugles, ou en grave difficulté d’apprentissage. Ces élèves se trouvent donc, d’une certaine façon, doublement minoritaires. Tous cherchent à être entendus et compris, à apprendre en toute sécurité, à ne pas être stigmatisés. Tous cherchent aussi à développer un sentiment d’appartenance à une communauté.

Je ne m’en cacherai pas, j’ai été profondément touché par nos rencontres d’élèves, de parents, d’éducateurs, d’administrateurs et de membres d’organismes sans but lucratif, souvent d’anciens élèves du Centre Jules-Léger. Je suis conscient aussi que plusieurs seront probablement déçus des conclusions de cette enquête. Mais je serai clair; notre objectif n’était pas de plaire à tout le monde, mais de répondre à la question posée concernant la gouvernance du Centre Jules-Léger.

Cette question est légitime…Pourquoi est-ce que le Centre n’est pas géré de façon autonome, c’est-à-dire par et pour les francophones? Pourquoi est-ce que le modèle de gouvernance actuel relève du ministère de l’Éducation? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de conseil d’administration qui puisse mener la barque de façon autonome et indépendante comme la plupart de nos institutions francophones en Ontario?

Je conclus donc au terme de notre enquête que le modèle de gouvernance du Centre Jules-Léger viole l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés et porte atteinte à l’intégrité et à la mission du Centre. La structure actuelle de gouvernance ne tient pas la route. Il faut corriger le tir et instaurer une gouvernance par et pour les francophones avant la rentrée scolaire de 2016.

Je recommande donc à la ministre de l’Éducation de remettre la gouvernance du Centre entre les mains des francophones. Que celui-ci relève d’un conseil scolaire de tutelle. Pour y arriver, je recommande de mettre en place un comité de transition. Ce comité aurait un mandat de septembre à décembre 2015 d’émettre des recommandations à la ministre sur la mise en place d’une nouvelle gouvernance relevant d’un conseil scolaire. Je propose aussi de s’inspirer du modèle du CFORP.

Le but est d’avoir une gouvernance autonome francophone pour la rentrée de 2016. Faut donc agir vite, dans le meilleur intérêt des élèves francophones desservis.

Tous veulent voir le Centre Jules-Léger renaître, redevenir un centre de référence, un modèle pour d’autres. Je ne peux que souhaiter que les conseils scolaires de langue française soient visionnaires et non seulement opérationnels. Je souhaite, comme l’ont exprimé les dirigeants des conseils scolaires, qu’il y ait centralisation décisionnelle, mais accompagnée d’une décentralisation au niveau des services. Je souhaite qu’enfin une gestion responsable et visionnaire soit aussi au cœur de la recherche renouvelée afin de faire de cet endroit un véritable centre d’excellence.

Merci à tous ceux qui ont accepté de prendre part à l’enquête depuis 2014, qui nous ont offert de leurs temps, de leurs idées, et qui ont fait valoir leurs passions inébranlables. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement….et le temps presse.

Les Jeux PanAm et le français

Tout d’abord, il convient de souligner à quel point les Jeux PanAm 2015 semblent avoir été un succès sur toute la ligne. Mentionnons, comme il le convient, la performance extraordinaire de tous nos athlètes canadiens, de véritables modèles inspirants et remarquables. La population a aussi nettement embarqué dans ce beau projet de société qui nous laissera de beaux legs en termes d’installations sportives, mais aussi en termes de souvenirs et de possibilités pour la région. Dès les débuts de cette aventure, nous avions rencontré les dirigeants de TO2015 ainsi que ceux du gouvernement provincial. Nous savions que le thème principal de ces jeux serait la diversité, atout indéniable de la grande région de la métropole canadienne. Sur cet aspect, mission accomplie. Mais qu’en est-il de la présence du français lors de ces jeux? Avec autant de financement provenant de fonds publics, tant fédéraux que du gouvernement de la province, il était certain que nous nous devions nous assurer que l’organisation respecte ses obligations linguistiques et que les bailleurs de fonds soient pleinement satisfaits.

Nous aurons l’occasion de nous pencher en détail sur le fonctionnement de ces jeux au niveau des langues officielles plus tard. L’objet de ce billet n’est pas d’en faire une analyse détaillée, cela est encore un peu trop tôt, d’autant plus qu’il nous reste encore les Jeux Parapanaméricains en août.

L’objet de ce blogue est plutôt d’encourager les organisateurs à aller de l’avant, car ils sont nettement sur la bonne voie au niveau du respect de leurs obligations linguistiques. Les enseignes et affiches sont, règle générale, parfaitement bilingues. Les annonces officielles lors des compétitions ont été faites en français, espagnol et en anglais, sans exception notoire. Les bénévoles pouvaient nous diriger, la plupart du temps, vers d’autres bilingues afin de nous guider à travers les différents sites. De fait, nous avons noté que sur tous les sites visités, il y avait au moins un bénévole attitré au kiosque d’informations qui pouvait communiquer en français et accompagner, en cas de besoin, quelqu’un auprès de la sécurité. Certes, les bénévoles bilingues auraient pu être encouragés à porter davantage leur bouton « Bonjour » et leur casquette indiquant qu’ils sont bénévoles, en français. Mais bon. Il y aura toujours des petites choses à améliorer et nous espérons que pour la suite des jeux, certains ajustements auront été faits.

Mais pour l’heure, célébrons! Car non seulement TO2015 semble avoir respecté leurs obligations linguistiques (les deux Commissariats n’ont reçu qu’un très faible nombre de plaintes jusqu’à présent), mais ils semblent surtout avoir saisi l’occasion de faire de ces jeux une démonstration éloquente de la vitalité de la communauté franco-ontarienne et de la dualité linguistique. Jamais je n’aurai entendu ou vu autant de spectacles en français dans la grande région de Toronto. Définitivement l’été du français dans la métropole. Avec la Franco-Fête, bénéficiant sans aucun doute des festivités du 400e de la présence française en Ontario ainsi que des Jeux PanAm 2015, la quantité, la diversité et la qualité des spectacles à Dundas Square a été phénoménale, rien de moins. Et de voir tous les liens faits avec Panamania et tous ces artistes évoluant aussi sur d’autres scènes populaires, notamment à Nathan Philips Square, je ne peux dire que bravo aux organisateurs.

Mon collègue fédéral, Graham Fraser, et moi répétons souvent que les bonnes pratiques commencent toujours par le leadership. Personne ne forçait TO2015 à signer un protocole d’entente avec nos deux organisations. Pourtant, c’est ce qu’ils ont fait et cela a donné le ton. Saäd Rafi, le directeur général du Comité d’organisation de Toronto pour les Jeux panaméricains et parapanaméricains de 2015 a donné le ton en apposant sa propre signature sur ce protocole très public. Démonstration d’un engagement qui part du plus haut niveau. La gestionnaire principale aux langues officielles, Louise Gauvreau, et son équipe ont été formidables. Ils se sont fiés, à juste titre, à un comité consultatif, le Forum francophone, et je pense que l’audacieux pari de tenir non seulement des Jeux, mais des activités culturelles francophones a été réussi magistralement. Bravo!

Parlant de magistral, je garde le meilleur pour la fin. Les deux cérémonies, celle d’ouverture et celle de clôture, ont été impeccables. De voir la Franco-Ontarienne Véronic Dicaire chanter l’hymne national, de savoir que le réalisateur des acrobaties aériennes du Cirque du Soleil est aussi franco-ontarien, d’entendre toutes les annonces dans les trois langues officielles des jeux ont été des points forts des cérémonies d’ouverture. De voir aussi la performance de Swing en levée de rideau des cérémonies de clôture a été un très beau coup. Je me permets d’ajouter d’ailleurs qu’à mon humble avis, et sans chauvinisme aucun, ce sont eux qui ont offert les performances les plus enlevantes pour faire danser la foule. Et que dire de la prestation sans faille de Saad Rafi qui a réussi à être exemplaire au cours de ces deux cérémonies! Je peux vous assurer que c’est une chose d’avoir des notes de discours pertinentes et inspirantes, c’en est une autre de pouvoir les livrer. J’en sais quelque chose! Bref, bravo aux organisateurs et à tous les bénévoles qui ont contribué à faire de ces Jeux Pan Am un moment inoubliable!

L’honorable Albert Roy

Lors du dernier congrès de l’AJEFO tenu à Lafayette en Louisiane, l’AJEFO a décerné l’Ordre du mérite à deux candidatures exceptionnelles. La première est Me Laurie Joe, des Services juridiques de l’Ouest d’Ottawa. Il ne fait pas de doute, après avoir entendu tous les commentaires émis à son égard et après avoir suivi quelque peu son parcours, qu’elle est certainement des plus méritantes. Je m’attarderai par contre davantage à l’honorable Albert Roy qui s’est également vu décerné l’Ordre du mérite.

Juge à la retraite, l’honorable Albert Roy, a été avocat à Ottawa, puis il a représenté la circonscription d’Ottawa-Est à l’Assemblée législative de l’Ontario de 1971 à 1984 ayant remporté pas moins de quatre élections provinciales consécutives. Il faut quand même le faire! C’est Me Ronald Caza qui a présenté le juge Roy lors de la soirée de remise de l’Ordre du mérite. Il a dit du récipiendaire qu’il était pratique, persévérant et sympathique. Pratique puisque l’honorable Albert Roy, comme juge et d’abord comme avocat, faisait toujours passer l’intérêt de la cause, de ses clients avant son égo, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas si évident que cela. Persévérant puisque lorsque l’on est un pionnier comme l’avocat Roy l’a été, ayant été reçu membre du Barreau du Haut-Canada en 1965, il n’y a pas à dire, tout était à faire, en français. Comme il l’a raconté lui-même, on pouvait se retrouver avec des clients francophones, des procureurs francophones devant un juge francophone, le tout à Ottawa, toute la procédure se déroulait néanmoins qu’en anglais… Il a fallu être persévérant en effet pour s’assurer que ce que l’on prend un peu trop pour acquis aujourd’hui, n’existait tout simplement pas à l’époque. Enfin, Me Caza l’a décrit comme étant sympathique et, sur la foi d’une seule soirée, je peux aisément corroborer. Et bien davantage!

Saviez-vous que notre salle de conférence au Commissariat se nomme la salle Albert Roy? Lorsque je suis arrivé en poste et que j’ai démarré mon bureau, je souhaitais que l’on fasse un petit clin d’œil à cet homme visionnaire à qui l’on doit tant. Car en effet, si Dr Bernard Grandmaître est connu comme le père de la Loi 8 (la Loi sur les services en français), il n’y a pas de doute, l’honorable Albert Roy en est certainement le grand-père.

En 1978, alors député, Albert Roy a déposé un projet de loi privé assurant les services en français. Ce projet de loi fut rejeté en troisième lecture à l’Assemblée législative. Preuve du contexte de l’époque, le premier ministre Bill Davis avait expliqué sa décision en affirmant : « Les intérêts des Franco-Ontariens sont mieux protégés par une politique d’accroissement graduel des services que par une déclaration symbolique de bilinguisme qui créerait de l’amertume». Ah, la fameuse politique des petits pas de l’Ontario français !

Qu’importe, l’honorable Albert Roy, qui est toujours actif agit comme médiateur, aura fait faire de grands pas vers l’avant à toute la francophonie ontarienne. Je suis très fier qu’il soit récipiendaire de l’Ordre du mérite de l’AJEFO.

Markham désignée, prochain arrêt, Oshawa ?

Une nouvelle venue dans la liste, ça se souligne, immanquablement. Ainsi, depuis le 30 juin, Markham est devenue la 26e région désignée en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario. Cet acquis indéniable, reflet du désir de toute une communauté, est finalement devenu réalité avec l’annonce de l’Office des Affaires francophones. Qu’est-ce que tout ça signifie, concrètement, pour les francophones de cette municipalité, située au nord-est de Toronto?

À partir du 1er juillet 2018, tous les ministères et agences gouvernementales auront l’obligation, à Markham, d’offrir des services en français équivalents à ceux offerts en anglais. Des services disponibles, et de qualité, dans une ville de plus de 300 000 habitants. Il ne s’agit pas d’une mince victoire. De façon implicite, une désignation officielle permet de briser l’isolement et de constituer un réseau, un cercle sous forme de lien, de comprendre que d’autres francophones ont souhaité, dans cette même région, eux aussi obtenir leurs services en français. Et donc, on se sent moins seul…

Tout vient à point à qui sait attendre. Et, entre-temps, à qui sait travailler d’arrache-pied. Il faut en profiter pour saluer ici le travail de longue haleine accompli par des citoyens et les organismes francophones de la région. Depuis le début des années 2010, l’Association des francophones de la région de York, l’AFRY, multiplie les pourparlers, les rencontres et les consultations afin de faire en sorte qu’un désir de services en français dans une région soit scellé et voit le jour à travers une désignation. Forte et d’une vision pour l’avenir, l’AFRY, depuis ses quartiers généraux à Aurora, a su mobiliser les francophones de la région de York. Et c’est exactement le sens de la démarche recommandée dans le rapport annuel du Commissariat aux services en français 2011-2012 intitulé Droit devant. Le rapport considère la notion de soutien comme nouveau critère d’approbation de désignation. Ce soutien, cet engagement, peut venir revêtir des formes différentes et variées. On envoie des lettres, on rencontre des élus et, un beau jour, on obtient un service en français, dans sa langue natale. Ce n’est pas qu’une belle histoire…

Prochain arrêt : Oshawa
Voici maintenant le portrait d’une autre municipalité, située, cette fois-ci, à l’est de Toronto. On peut s’y rendre par l’autoroute 401, ou encore par le train Go, bercé par le doux roulement des rails et, à travers la vitre, par les vagues du lac Ontario. Prochain arrêt : Oshawa.

Dans cette ville de plus de 140 000 habitants, les membres de la communauté francophone travaillent d’arrache-pied pour faire en sorte qu’Oshawa devienne région désignée. Le Comité de désignation de l’ACFO-Durham-Peterborough multiplie les efforts, les pourparlers, les rencontres avec les différents paliers de gouvernement pour faire avancer le dossier. Le Comité a renoncé à une désignation officielle de la région de Durham pour concentrer ses efforts sur Oshawa. Tout comme Markham, Oshawa accueille une population francophone grandissante.

Après les consultations publiques sur la désignation d’Oshawa qui se sont terminées le 25 mai dernier, le dossier est désormais entre les mains de l’Office des affaires francophones. Alors la question qui brûle les lèvres : à quand une désignation d’Oshawa? La journée des Franco-Ontariens, le 25 septembre, serait, pour le gouvernement, une formidable opportunité d’annoncer, une nouvelle désignation d’Oshawa et l’occasion rêvée de paver la route à une liste composée de 27 régions désignées. Deux municipalités : Markham, Oshawa. Deux mêmes défis, un même destin? Dans les deux villes, on retrouve une forte population multiculturelle, garante de vitalité, composée de nouveaux-arrivants francophones, à une heure où le visage de la province change et se diversifie. C’est aussi cela le sens d’une francophonie plurielle et, en soi, une opportunité pour le gouvernement de démontrer qu’il est à l’écoute de sa population, peu importe la municipalité d’origine.

En somme, le gouvernement a tout de même manqué une belle occasion. On comprend mal pourquoi Oshawa n’est pas encore désignée…on ne peut que souhaiter que la prochaine occasion sera la bonne.

Congrès 2015 de l’AJEFO

La semaine dernière se tenait le 36e congrès annuel de l’AJEFO exceptionnellement à Lafayette en Louisiane sous le thème « Du Canada à la Louisiane : une justice multiple, un français vivant! ». Et oui, le français est bel et bien vivant en Louisiane. De fait, c’est l’une des premières choses que l’on constate, alors que les annonces à l’aéroport de Lafayette sont faites également en français. Pourquoi la Louisiane? Comme l’écrit le président Me François Baril dans son mot d’ouverture, l’AJEFO accueille cette année des confrères et consœurs du Québec, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba, de l’Alberta, de la Saskatchewan et bien entendu, de la Louisiane : un événement rassembleur et mobilisateur autour de conférences de haut calibre.

Un premier panel, situé au superbe palais de justice de la Cour fédérale américaine, portait sur l’accès à la justice en français. Comme le disait Me Gauthier, de Lafayette, « Je peux être un avocat, mais pas un interprète en même temps », sur les défis de pouvoir plaider en français en Louisiane, car, oui il est possible de le faire. Me Doucet, du Nouveau-Brunswick, mentionnait qu’au niveau des décisions bilingues, c’est la maison d’édition qui décide de la traduction des décisions des tribunaux dans l’intérêt public, au lieu que ce soit le juge ou un comité de juges, avec des résultats plus ou moins probants bien entendu. La juge Marianne Rivoalen, du Manitoba, explique quant à elle que l’un des problèmes d’avoir si peu de juges qui parlent et comprennent le français est que trop souvent, les plaideurs savent que s’ils demandent un procès en français, ils vont automatiquement se retrouver devant elle… car elle est la seule juge en droits de la famille et les avocats craignent de savoir à l’avance ce qu’elle va décider! Un autre défi rencontré est que, bien souvent, l’interprétation va être pour les avocats alors que toutes les parties comprennent le français, y compris le juge. Ainsi, en raison de l’interprétation, les audiences sont plus longues et plus coûteuses.

L’honorable Paul Rouleau, de la Cour d’appel de l’Ontario, se veut l’optimiste du groupe. Et il a raison. Le gouvernement de l’Ontario prend très au sérieux les recommandations émises dans le rapport « L’accès à la justice en français » dont il a été le co-président. Il parle aussi de la bonne volonté manifeste de toutes les parties prenantes, que ce soit les différentes divisions au sein du ministère du Procureur général, des greffes des cours de tous les niveaux, des juges de tous les niveaux, des intervenants communautaires et juridiques, du Barreau du Haut-Canada ainsi que de la police provinciale et des écoles de droit. Pour lui, il importe de créer le service et en faire de l’offre active pour convaincre les citoyens qu’ils ont raison de demander leurs services en français. Enfin Me Tremblay, du Commissariat aux langues officielles du Canada, rappelle les grandes lignes de l’étude conjointe menée par son bureau avec les deux collègues provinciaux, soit la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick et moi-même, sur l’accès à la justice dans les deux langues officielles. Il n’y a pas d’évaluation objective des besoins de la cour en matière de capacité de desservir la population dans les deux langues. Il n’y a pas non plus d’évaluation objective des compétences linguistiques des candidats à la magistrature nommé par le fédéral. L’accès à la justice en français doit devenir, selon elle, une priorité des communautés minoritaires de langue officielle au même titre que la santé et l’immigration l’ont été au cours des dernières années. Voilà une idée franchement intéressante et prometteuse.

Le panel suivant portait sur les règles d’éthique des praticiens et les difficultés relatives aux interactions entre avocats et les citoyens unilingues. La professeure Rigaud, du Québec, indique que la Fédération des ordres professionnels de juristes (FOPJ) a adopté une disposition, semblable à celle présente en Ontario, sur les droits linguistiques des citoyens et l’obligation pour les avocats d’en informer les clients. Ce n’est donc plus seulement une question d’éthique, mais une question de déontologie car cela touche la compétence même de l’avocat en question, s’il n’est pas capable de donner des conseils juridiques à ses clients francophones. Outre l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan ont maintenant une telle clause dans leurs règles de déontologie. Ce n’est pas rien.

Charles Larroque, le directeur exécutif du CODOFIL, l’équivalent louisianais de notre Office des affaires francophones, a prononcé un discours touchant, percutant, saisissant et inspirant. « Liberté, OK. Égalité, couci-couça. Mais fraternité, ça, on l’a! » plaide-t-il en parlant de son État. Il a mentionné que la Louisiane, malgré sa pauvreté, est ce qui donne au reste des États-Unis, son âme, non pas seulement de par la langue, mais aussi de par la résilience tranquille de ses peuples, de leur infatigable volonté de continuer d’exister. J’ai eu la chance de passer une soirée complète en sa compagnie. Quel homme remarquable! Plein de sagesse, d’espoir et de détermination obstinément farouche. Il me fait beaucoup penser aux personnages des chansons de son compatriote Zacharie Richard en fait. Nous promettons de garder contact puisque de nombreux échanges peuvent être mis de l’avant, que ce soit dans des domaines aussi variées que les télécommunications, le réseautage au niveau des organisations représentant la jeunesse ou des parents d’élèves en immersion française.

Dans un panel portant sur l’éducation et les droits linguistiques au Canada et la situation du français dans les écoles en Louisiane, Me Mercantel, du même état, nous rappelle d’abord qu’en Louisiane, pendant longtemps, il n’était pas interdit d’enseigner le français, mais on ne pouvait pas enseigner en français. Beaucoup de citoyens ne savaient même pas que l’on pouvait lire le Cadien, puisque l’on ne faisait que le parler. Maintenant, il existe des écoles d’immersion où le français est enseigné à 100%. De fait, on retrouve en Louisiane 26 écoles d’immersion, 166 professeurs pour tout presque de 5 000 élèves depuis 1983. Et la croissance est continue et soutenue. L’intérêt est là et grandissant. Depuis une nouvelle loi en 2014, si 25 élèves sont prêts à s’inscrire dès la maternelle, le conseil scolaire local doit fournir une école. On se comprend que certains conseils scolaires ne sont pas heureux de cette nouvelle loi et les avocats louisianais ne seraient pas étonnés qu’elle soit contestée éventuellement. Cette loi est révolutionnaire pour les États-Unis puisque des parents peuvent choisir d’éduquer leurs enfants dans une autre langue que l’anglais.

Mme Hammat de la Louisiane nous indique qu’il existe maintenant une compétition vers l’excellence entre les écoles d’immersion. Et pour cause, puisqu’elles peuvent maintenant être certifiées en immersion en fonction de points obtenus en raison de la qualité des professeurs, du nombre d’heures enseignées en français, etc. Les professeurs viennent encore massivement de France et de Belgique, mais il appert qu’une nouvelle génération de professeurs, issus des écoles d’immersion en Louisiane est prête à porter le flambeau. Bien entendu, comme ici d’ailleurs, les études démontrent que les élèves d’immersion réussissent mieux à l’école, notamment en mathématiques!

Me Rouleau, de l’Ontario, qui a plaidé avec succès l’affaire Rose-des-Vents en Cour suprême du Canada tout récemment, rappelle les faits entourant la pauvreté de cette école, tout doit sortie d’un livre de Victor Hugo… Interdiction de jouer au ballon dans la cour, car le risque est trop grand de se frapper dessus tellement la cour est petite. L’école secondaire a justement été construite dans cette même cour d’école primaire. Les enfants ont des poux régulièrement puisqu’il n’y a même pas de place pour accrocher tuques et manteaux d’hiver. Il s’ensuit que les parents fuient cette école. Ce que la Cour suprême désapprouve.

Enfin un autre panel portait sur l’histoire et l’avenir du fait français en Louisiane. Les participants ont eu droit à un invité surprise de marque en la personne d’un membre de la Chambre des représentants de l’état de la Louisiane, Stephen Ortego, un fier Cadien (et non Cajun qui se dit davantage en anglais). Quelle passion démontrée pour le français en son État! Le professeur Barry Jean Ancelet, de l’Université de la Louisiane, nous rappelle que « Pour avoir un avenir, il faut laisser des traces ». Pour lui, la question n’est pas de savoir si il y a un avenir du français en Louisiane, mais de se demander par quel miracle il y en a encore tellement les embûches rencontrées étaient grandes. La honte de parler français, l’interdiction d’enseigner le français et la crainte de parler une langue vue d’un autre niveau socialement et économiquement parlant. De fait, selon lui, si le français a survécu jusqu’au XXe siècle, c’est par négligence… « Nous voulons être nous-mêmes, en français ». Il ajoute : « En Louisiane, écrire et parler en français, c’est parier sur l’avenir ».

En terminant, mentionnons que l’Ontario était fort bien représenté par la Procureure générale de l’Ontario et ministre déléguée aux Affaires francophones, l’honorable Madeleine Meilleur qui a notamment invité tous les avocats francophones à convaincre leurs clients francophones de demander des services en français devant les tribunaux de l’Ontario. La sous-ministre adjointe de l’Office des affaires francophones, Me Kelly Burke, a pour sa part expliqué davantage en détail le projet-pilote sur l’accès à la justice en français dans la région d’Ottawa.

Un congrès remarquable. J’en profite aussi pour remercier et féliciter chaleureusement tous les membres du comité organisateur certes, mais aussi les membres de la petite, mais non moins dynamique, équipe de l’AJEFO pour un congrès réussi au quart de tour, avec des conférenciers chevronnés et pertinents et des activités inoubliables. En un mot comme en cent, merci.

Laissez les bons temps rouler!

20e Conférence ministérielle de la francophonie canadienne

La Procureure générale et ministre déléguée aux Affaires francophones, l’honorable Madeleine Meilleur, a été l’hôtesse cette semaine à Toronto de la 20e Conférence ministérielle de la francophonie canadienne. Mon collègue Graham Fraser et moi avons été invités à rencontrer ces ministres et hauts fonctionnaires responsables des affaires francophones de toutes les provinces et territoires, incluant aussi le représentant de la ministre fédérale du Patrimoine canadien.

Bien que les discussions aient eu lieu à huis clos, les lecteurs ne seront pas étonnés d’apprendre que les sujets évoqués par mon collègue et moi portaient sur des enjeux comme l’immigration, le manque de programmes en français au niveau du postsecondaire, la difficulté pour les francophones vivant en situation vulnérable de demander des services en français et bien entendu, l’importance du concept de l’offre active. Nous avons aussi échangé sur les services gouvernementaux et comment ceux-ci doivent être repensés de façon à non seulement desservir l’individu dans la langue de son choix, mais aussi desservir l’ensemble de sa communauté linguistique. Nous avons également discuté de la valeur économique d’avoir une main d’œuvre qualifiée dans les deux langues officielles du pays ainsi que tout l’immense potentiel de croissance économique que peut nous apporter l’afflux de tous ces nouveaux arrivants qui font maintenant partie de la diaspora de la francophonie canadienne.

Comme toujours, ces rencontres se veulent les plus productives possibles, aussi, les échanges sont sérieusement limitées, les organisateurs ayant en tête de maximiser le temps pour d’autres activités. Cela dit, il s’agit d’une occasion de réseautage hors du commun. Comme j’entendais l’actuel professeur de droit Benoît Pelletier et ancien ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement du Québec dire à Radio-Canada, imaginez le scénario où ces échanges n’existeraient pas, où il n’y aurait pas de possibilités de faire front commun sur des sujets d’intérêts et où on ne pourrait apprendre de ce qui se passe ailleurs. Ce serait impensable.

Un mot également pour remercier la ministre Meilleur ainsi que toute l’équipe de l’Office des affaires francophones pour une ouverture des célébrations du 400e de la présence française en Ontario par une soirée totalement réussie au Musée royal de l’Ontario. Les invités présents ont eu droit à une mini-version du spectacle haut en couleur de L’Écho d’un peuple ainsi qu’une prestation charmante du divertissant et incontournable chanteur franco-ontarien Damien Robitaille.

Parlant du ROM, ne manquez pas, si vous êtes dans la métropole canadienne, La fièvre du vendredi soir, une activité de musique dans une ambiance incomparable.